Cap-Vert : la 12e Atlantic Music Expo transforme Praia en carrefour mondial des cultures
Pendant plusieurs jours, le Cap-Vert devient le cœur battant de la création musicale mondiale. Artistes, producteurs, managers et décideurs culturels venus du monde entier s’y retrouvent pour échanger, apprendre et bâtir de nouveaux partenariats
Par Franck Noudofinin
Du 6 au 9 avril 2026, la ville de Praia vibre au rythme de la 12e édition de l’Atlantic Music Expo (AME). Durant cet événement, l’archipel cesse d’être un simple point dans l’Atlantique pour se transformer en véritable carrefour des industries musicales internationales.
Artistes, producteurs, managers, journalistes et professionnels de la culture s’y réunissent pour partager leurs expériences, développer leurs réseaux et imaginer les collaborations de demain.
Une rencontre cosmopolite au cœur de l’Atlantique
Au fil des années, l’Atlantic Music Expo s’est imposée comme l’un des rendez-vous majeurs des industries musicales émergentes. À la croisée de l’Afrique, de l’Europe et des Amériques, le Cap-Vert incarne une histoire façonnée par les échanges transatlantiques — une identité qui se reflète pleinement dans l’ADN du festival.
Dans les rues de Praia, les langues se mêlent, les rythmes s’entrelacent et les cultures dialoguent. Morna, funaná, batuque, afrobeat, jazz, musiques électroniques ou encore sonorités latino-américaines se retrouvent sur une même scène ouverte où la diversité devient une richesse collective.
Le créateur de contenu capverdien Elzo Rodrigues souligne cette dimension unique :
Cette diversité n’est pas seulement artistique : elle est aussi humaine. L’AME attire aujourd’hui des délégués de dizaines de nationalités, confirmant son rôle de plateforme internationale de mise en réseau.
Praia, capitale musicale à ciel ouvert
Pendant plusieurs jours, la capitale capverdienne se métamorphose. L’Atlantic Music Expo ne se limite pas à une succession de concerts : c’est un véritable écosystème culturel et économique où se croisent idées, opportunités et ambitions.
Le ministre de la Culture et des Industries créatives, Augusto Jorge Veiga, souligne la croissance impressionnante de l’événement :
« Le festival a grandi. Nous sommes passés de moins de 100 participants à plus de 400 délégués aujourd’hui. On voit beaucoup d’artistes et de nombreuses nationalités. »
Cette évolution s’inscrit dans une stratégie claire : positionner le Cap-Vert comme un hub culturel régional et international. L’événement devient ainsi une vitrine du potentiel créatif de l’archipel, mais aussi un levier économique pour le pays.
Un programme dense entre réflexion, formation et performances
L’édition 2026 propose un programme riche, articulé autour de trois piliers : réflexion stratégique, formation professionnelle et performances artistiques.
Parmi les moments forts, plusieurs conférences abordent les enjeux de l’économie créative et son rôle dans le développement durable. D’autres tables rondes explorent l’impact des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle sur l’industrie musicale mondiale, mettant en lumière les opportunités pour les marchés émergents.
Les workshops occupent également une place centrale.
L’atelier “Dentu Beats”, consacré à la production musicale digitale, offre aux jeunes créateurs des outils concrets pour s’adapter aux nouvelles réalités technologiques.
Les rencontres professionnelles, appelées “one-to-one meetings”, permettent quant à elles de connecter directement artistes, managers et producteurs. Une dimension essentielle, car l’AME est aussi un véritable marché de la musique.
Enfin, les showcases offrent une visibilité précieuse aux artistes capverdiens et internationaux. La programmation maintient un équilibre : 50 % d’artistes locaux et 50 % d’artistes étrangers, favorisant les échanges tout en valorisant la scène nationale.
Une industrie culturelle en pleine transformation
Au-delà de l’événement, l’Atlantic Music Expo s’inscrit dans une dynamique de transformation du secteur culturel capverdien. Le gouvernement a récemment franchi une étape importante avec l’adoption d’une réforme sur le statut de l’artiste.
« L’un des piliers de cette réforme est la formalisation du secteur. Désormais, les artistes peuvent accéder à la sécurité sociale et à des droits économiques », le ministre Augusto Jorge Veiga explique.
Cette réforme vise à reconnaître les artistes comme de véritables acteurs économiques, leur garantissant une meilleure protection sociale et davantage de stabilité professionnelle.
Cependant, des défis subsistent, notamment en matière de monétisation numérique. Elzo Rodrigues souligne cette difficulté :
« Ici au Cap-Vert, nous ne gagnons pas d’argent sur YouTube. C’est un grand défi de vivre du contenu. »
Ce constat met en lumière les inégalités structurelles auxquelles sont confrontés de nombreux créateurs africains dans l’économie numérique mondiale.