L'ex-Première dame du Rwanda Agathe Habyarimana va saisir la plus haute juridiction française après la décision de la justice de relancer l'enquête la visant pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité, a annoncé mercredi à l'AFP son avocat Philippe Meilhac.
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a infirmé le 6 mai le non-lieu prononcé en août dernier par deux juges d'instruction parisiennes, répondant au souhait du Parquet national antiterroriste (Pnat), compétent pour les crimes contre l'humanité, et des parties civiles.
"Les mesures d'instruction préconisées par la Cour nécessiteraient, si elles devaient être entreprises, au-delà du coût qu'elle représente pour la collectivité française, du temps, s'agissant d'actes qui relèvent de la coopération internationale. Elles aggraveraient encore davantage la durée d'une procédure déjà, et depuis longtemps, déraisonnable", a expliqué Me Meilhac, en rappelant qu'on est "à près de 20 ans d'instruction".
"Mme Habyarimana va donc se pourvoir en cassation et solliciter l'examen immédiat du pourvoi qui sera suspensif. Elle n'hésitera pas à saisir la Cour européenne des droits de l'Homme s'il le faut", a-t-il ajouté.

Agée de 83 ans, Agathe Habyarimana est la veuve du président hutu Juvénal Habyarimana dont l'assassinat le 6 avril 1994 a déclenché les massacres contre la minorité tutsi. D'avril à juillet 1994, le génocide a fait, selon l'ONU, 800.000 morts, Tutsi ou Hutu modérés, tués par les Forces armées rwandaises et les milices extrémistes hutu Interahamwe.
L'ex-Première dame est visée depuis 2007 en France par une information judiciaire pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité, ouverte après une plainte du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).
Selon les quatre associations parties civiles, elle était une des dirigeants de l'"Akazu" - le premier cercle du pouvoir hutu qui aurait orchestré le génocide. Une thèse qu'Agathe Habyarimana rejette - celle-ci se présentant comme une mère au foyer de huit enfants sans lien avec la politique - et qu'avaient écartée les deux juges d'instruction parisiennes.
Placée depuis 2016 sous le statut de témoin assisté, Habyarimana n'a jamais été mise en examen par les juges d'instruction, contrairement à ce que demandait le Pnat.














