Lancée en 2018 au Sénégal, l’unique académie d’élite de la NBA sur le continent ferme ses portes. Une décision qui suscite la déception d’anciens responsables et ravive les interrogations sur les investissements des grandes entreprises en Afrique.
C’est un coup d’arrêt pour la formation des jeunes basketteurs africains. La NBA a fermé son unique académie d’élite sur le continent, moins de dix ans après son lancement au Sénégal. L’information a été confirmée à Reuters par des responsables actuels et anciens de la structure.
Créée en 2018, la NBA Academy Africa avait pour mission de préparer les jeunes talents africains aux exigences du basketball professionnel, notamment aux États-Unis. Depuis son ouverture, environ 110 élèves y ont été formés, plusieurs ayant intégré des établissements scolaires et des universités de haut niveau aux États-Unis.
Pour Michel Chikwanine, ancien conseiller en performance et accompagnement personnel de l’académie, cette fermeture porte un coup au moral des jeunes joueurs.
« Dès que nous leur avons annoncé la nouvelle, leur confiance a commencé à s’effriter, elle a chuté », a-t-il déclaré à Reuters.
Michael Abbott, ancien responsable de la planification académique, dénonce, lui, un manque d’engagement envers les jeunes bénéficiaires.
« Ils n’étaient pas autant investis dans ces enfants en tant que personnes que dans leur modèle économique », a-t-il affirmé.
Des talents révélés, puis une porte qui se referme
L’académie a pourtant contribué à faire émerger des joueurs sur la scène internationale. Le Camerounais Ulrich Kamka Chomche est devenu, en 2024, le premier ancien pensionnaire de la structure à être sélectionné lors de la Draft NBA. Il a ensuite évolué avec les Toronto Raptors.
Le Sud-Soudanais Khaman Maluach, lui aussi passé par l’académie, joue actuellement aux Phoenix Suns.
Pour Chikwanine, la fermeture de cette structure risque de réduire les possibilités offertes aux jeunes Africains, notamment ceux issus de milieux défavorisés, qui ont besoin d’un accompagnement spécifique pour accéder au haut niveau.
Désormais, les espoirs africains devront rivaliser à l’échelle internationale pour intégrer la nouvelle académie mondiale que la NBA prévoit d’ouvrir à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis.
L’ancien conseiller estime que cette décision renforce une défiance déjà présente sur le continent envers certaines grandes entreprises étrangères.
« Elles arrivent avec une mentalité d’extraction », a-t-il dénoncé. « Cela a toujours été une réalité sur le continent africain… Une immense méfiance s’est installée. »
La NBA défend un changement de stratégie
Interrogée par Reuters, la NBA affirme que cette fermeture s’inscrit dans une réorganisation de sa stratégie mondiale de développement du basketball. La ligue a également fermé des académies au Mexique et en Australie.
Elle assure que le regroupement des jeunes talents dans un centre mondial unique leur permettra d’accéder à davantage d’entraîneurs professionnels et de recruteurs internationaux.
La NBA rejette également l’idée d’un désengagement envers l’Afrique. Elle met en avant la Basketball Africa League (BAL), qui vient d'achever sa sixième saison, ainsi que le programme Basketball Without Borders, qui organise des camps de formation pour les jeunes talents, notamment sur le continent.
« Nous sommes extrêmement fiers de l’impact de la NBA Academy Africa et restons déterminés à former la prochaine génération de basketteurs africains », a assuré Troy Justice, vice-président senior de la NBA.
Mais pour les jeunes joueurs africains, la disparition de cette académie soulève une question concrète : où trouveront-ils désormais l’encadrement, les infrastructures et les passerelles vers le basketball professionnel que leur offrait cette structure ?
















