Par Firmain Eric Mbadinga
"Le handicap n'empêche ni de rêver, ni de vivre sa passion, ni de réaliser pleinement son potentiel." Cette phrase qui sonne comme un aphorisme est l’un des slogans de l'Union nationale des associations des personnes handicapées du Tchad présentés dans une vidéo récemment publiés sur les réseaux sociaux.
Dans la vidéo en question, on voit 5 enfants handicapés danser sur une musique africaine pleine de gaieté.
Sur les 5, l'un n'a plus de jambes, deux n'ont pas de bras, et un autre s'appuie sur une béquille, dans cet exercice auquel ils se donnent tous pour transmettre de la joie et de la bonne humeur.
Quand il ne s'agit pas d'un accident. Ces enfants sont, comme beaucoup d'autres personnes, des survivants de la violence et de l'horreur qui peuvent découler de divergences politiques, sociales, économiques et plus encore.
Face à ces drames de la vie qui n'épargnent certains que par le simple mystère du sort, l'Union nationale des associations des personnes handicapées au Tchad a décidé de s’engager.
Elle a choisi de se tenir droit, aux côtés d'enfants, d'hommes et de femmes qui vivent avec un handicap et qui abordent le quotidien avec résilience, espoir, force et positivité.
"Nous promouvons les droits des personnes handicapées et œuvrons à leur protection et à leur inclusion dans la société. Au Tchad particulièrement, nous agissons en vue d'une prise en compte des besoins des personnes handicapées dans les programmes de développement, confie Djimnayel Robkedi, secrétaire général de l’UNAPHT.
La plateforme et ses membres mènent à la fois des actions générales et de proximité.
L'UNAPHT a pris l’option d'agir en amont et en aval, c'est-à-dire prévenir sur les causes de handicaps pour limiter leurs conséquences, et influer sur les moyens matériels, psychologiques et financiers nécessaires pour vivre avec un handicap.
Afin de le faire efficacement, l'identification de la racine du mal est cruciale.
À ce propos, une étude de Handicap International renseigne que les principales causes de handicap dans le monde comprennent les maladies non transmissibles et neurologiques, les troubles mentaux, les conflits armés, les catastrophes naturelles, les accidents de travail ou domestiques.
La malnutrition et les maladies infectieuses sont également incluses dans l'étude.
Au Tchad et dans d'autres pays du continent africain, ces situations très souvent suscitent crainte, panique, stigmatisation ou rejet, sont vécus par beaucoup.
Cela pousse les acteurs de la société civile et les pouvoirs publics à collaborer de plus en plus dans la quête de solutions.
"Pour agir en amont, nous avons récemment intégré un programme de renforcement des capacités des sages-femmes afin de leur permettre très tôt de détecter les formes de handicaps congénitaux. Cette étape est déterminante pour la prise en charge, par exemple, confie Djimnayel Robkedi, secrétaire général de l'UNAPHT, à TRT Afrika.
En plus de facteurs strictement sanitaires, l'Organisation mondiale de la santé tire pour sa part la sonnette d'alarme sur les accidents de la route qui, eux, peuvent être contrôlés par l'homme.
L'OMS souligne que "chaque année, environ 1,19 million de personnes perdent la vie dans un accident de la route. On recense plus de 20 à 50 millions de blessés, nombre d’entre eux gardant une invalidité à la suite de leurs traumatismes."
L'OMS précise dans la foulée que "les traumatismes dus aux accidents de la route entraînent des pertes économiques considérables pour les victimes, leur famille et les pays dans leur ensemble.
Ces pertes proviennent du coût des traitements et des pertes de productivité pour ceux qui en meurent ou restent handicapés à la suite de leurs traumatismes, ainsi que pour les membres des familles qui doivent interrompre leur travail ou leur scolarité pour s’occuper des blessés. Les accidents de la route coûtent à la plupart des pays 3 % de leur produit intérieur brut.
En plus de leurs efforts dans le cadre de la sensibilisation à la sécurité routière, Djimnayel Robkedi et les membres de l’UNAPHT font des pieds et des mains afin que l'État consacre dans ses lois de finances des ressources pour accompagner les personnes handicapées.
L'aménagement d'accès appropriés pour les personnes handicapées dans les écoles et autres bâtiments publics fait partie de ses plaidoyers.
Pour l'UNAPHT, des budgets doivent aussi être consacrés à la formation et à l'accompagnement physique et moral des personnes handicapées.
Pour l'UNAPHT, il n'y a pas de place au fatalisme, pas de place au défaitisme. Au-delà des cicatrices ou des séquelles morales, il faut aller de l'avant. La société doit s'impliquer afin que "le handicap n'empêche ni de rêver, ni de vivre sa passion, encore moins de réaliser pleinement son potentiel".
"Les personnes handicapées, comme toute autre personne, ont le droit de s'insérer dans la vie active. Pour cela nous organisons souvent des ateliers à l'endroit de certaines institutions. Nous faisons aussi des levées de fonds afin de pouvoir organiser la formation professionnelle de certaines personnes en vue de les rendre compétitives sur le marché de l'emploi, ou pour qu'elles développent des activités génératrices de revenus.
"Pour cela, nous aidons ces personnes à se défaire de leur handicap du point de vue moral ou psychologique." renchérit Djimnayel Robkedi. Ce dernier est convaincu que l'état d'esprit est déterminant pour une inclusion véritable.
Si beaucoup reste à faire, le secrétaire général se réjouit néanmoins de la pleine ouverture et de l'appui des autorités tchadiennes à œuvrer pour une inclusion, une formation et un accompagnement de personnes handicapées.
Ce dernier cite, à titre d'illustration, la création il y a 3 ans de l'Agence nationale de protection et de promotion des droits des personnes vivant avec un handicap (ANPPDH).
Pour le reste de l'année, l'UNAPHT compte poursuivre son plaidoyer pour la mise en œuvre de la convention relative aux droits des personnes handicapées.
Aux côtés d’autres acteurs, elle poursuit le plaidoyer en faveur de la ratification par le Tchad du Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des personnes handicapées en Afrique.
Depuis 2018, année de son adoption, le document constitue un cadre juridique africain destiné à garantir et à protéger les droits des personnes handicapées. Il repose sur des principes tels que la liberté, l'égalité, la justice et la dignité.



















