Par Pauline Odhiambo
Pour Luciana Gitonga, certains risques sur sa ferme étaient devenus si routiniers qu'elle ne les considérait jamais comme des dangers.
« Certains risques étaient devenus notre façon normale de travailler, donc nous ne les reconnaissions pas toujours comme des dangers », confie Luciana à TRT Afrika. « La formation m'a aidée à voir ma ferme autrement. »
La formation à laquelle Luciana fait référence est la méthodologie Work Improvement in Neighbourhood Development (WIND) de l'Organisation internationale du Travail (OIT), dispensée dans les comtés de Meru et Nyeri au Kenya en août 2026.
L'agriculture est l'un des secteurs les plus dangereux du Kenya. Les planteurs de café comme Luciana font souvent face à des risques allant des blessures dues au travail manuel et à une mauvaise utilisation des produits agrochimiques aux charges de travail lourdes et à l'exposition aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Pour les plus de 800 000 petits exploitants qui cultivent le café au Kenya, il ne s'agit pas de statistiques abstraites, mais de réalités quotidiennes.
« Mieux que rien »
Les planteurs de café dans certains pays africains à revenu moyen ou faible entretiennent souvent leurs cultures sans porter d'équipements de protection individuelle (EPI) adaptés lorsqu'ils manipulent des produits chimiques ou accomplissent des tâches dangereuses.
Une évaluation de 2026 réalisée par l'Institut danois pour les droits de l'homme et la Chambre nationale de commerce et d'industrie du Kenya a révélé que, au niveau des petits exploitants, les travailleurs occasionnels — principalement des femmes — travaillent dans des conditions dangereuses et ne disposent pas d'équipements de protection adéquats lors de l'application de pesticides.
« J'ai toujours pensé que les gants étaient pour les gens qui travaillent en usine », déclare Luciana. « Mais quand je pulvérise et que mes mains me démangent après, c'est mon corps qui m'envoie un signal. Même une paire de gants bon marché et me couvrir le nez avec un tissu, c'est plus sûr et mieux que rien. »
Mise en œuvre dans le cadre du projet ACCEL Africa et financée par le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas, la formation WIND vise à former des animateurs locaux à identifier les dangers sur le lieu de travail et à aider les cultivateurs à améliorer la sécurité et les conditions de travail au sein des communautés productrices de café.
Au cœur de la méthodologie WIND se trouve une idée simple : les agriculteurs sont les experts de leurs propres exploitations. Plutôt que de prescrire des équipements coûteux ou des technologies complexes, l'approche place les agriculteurs au centre du processus. Ils évaluent leurs propres lieux de travail, identifient les dangers et élaborent des solutions abordables adaptées aux conditions locales et aux ressources disponibles.
De petits changements, des risques réduits
Lors de la formation WIND à Meru et Nyeri, les participants ont utilisé des illustrations de lieux de travail et des exemples de bonnes pratiques locales pour explorer comment de petits changements peuvent réduire les risques.
Dans le comté de Nyeri, l'agent de la coopérative John Nderitu a été frappé par ce qui rend l'approche WIND différente.
« Au lieu de me tenir devant les agriculteurs et de leur dire qu'ils font mal, je peux demander : ’Expliquez-moi votre journée. Quelle partie du travail vous fatigue ou vous inquiète ?’ Les réponses viennent d'eux, et les solutions aussi. Mon rôle est simplement de guider la conversation », explique John.
« Un agriculteur peut dire qu'il n'a pas les moyens d'acheter un stockage adéquat pour les produits chimiques. Alors je demande — pouvez‑vous les retirer du sol aujourd'hui ? Pouvez‑vous les enfermer dans un placard la semaine prochaine ? Chaque étape compte. Trois mois plus tard, ils auront opéré cinq petits changements sans dépenser beaucoup. »
Les données soulignent l'urgence. Une étude menée auprès de travailleurs sur de petites exploitations de café dans le comté de Kirinyaga a révélé une prévalence des symptômes d'intoxication aiguë aux pesticides de 52,3 %, les maux de tête, la diarrhée, les éruptions cutanées et les étourdissements étant parmi les plus fréquents. La même étude a montré que le fait de ne pas porter d'équipement de protection individuelle doublait le risque d'intoxication aux pesticides.
Rendre le travail plus sûr
La formation WIND a également abordé le lien entre la sécurité et la santé au travail et la prévention du travail des enfants, en insistant sur le fait que les enfants ne doivent pas être exposés à des tâches dangereuses dans les environnements agricoles.
Lors des apprentissages sur le terrain dans une plantation de café, les participants ont appliqué les outils WIND directement avec les agriculteurs, utilisant des discussions participatives pour identifier les risques sur le lieu de travail et explorer des mesures visant à améliorer la sécurité, la santé et la productivité avec des ressources disponibles localement.
Le secteur du café kenyan est en pleine reprise.
Le département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) prévoit que la production augmentera d'environ 12 % lors de la campagne 2026/27, pour atteindre 950 000 sacs de 60 kilogrammes, contre 850 000 sacs la saison précédente.
En mars 2026, le Kenya a adopté une nouvelle loi sur le café qui transfère la supervision réglementaire à un Conseil du café du Kenya rétabli. À mesure que l'industrie se développe, la sécurité sur le lieu de travail ne peut rester une réflexion après coup.
Pour Luciana Gitonga, le changement est déjà tangible.
« Ce que j'ai appris, c'est que nous pouvons apporter des changements simples avec ce que nous avons déjà pour nous protéger et rendre le travail plus sûr. »



















