La Türkiye, un partenaire privilégié du Royaume-Uni pour un nouvel accord de libre-échange
Alors que les négociations sur un accord de libre-échange entre la Türkiye et le Royaume-Uni progressent à un rythme record, Londres réaffirme qu'Ankara est son partenaire privilégié.
Le ministre britannique du Commerce a déclaré que la Türkiye figure parmi les priorités majeures du Royaume‑Uni, alors que les deux pays ont mené à bien trois cycles de négociation en six mois pour étendre leur accord de libre‑échange (ALE), dans le but d'approfondir leur coopération commerciale, dans les services et en matière de défense.
« La Türkiye fait partie des pays avec lesquels nous souhaitons finaliser rapidement notre accord de libre‑échange », a expliqué Chris Bryant, ministre d'État britannique chargé de la politique commerciale, dans des propos rapportés par l'agence Anadolu, en soulignant que les négociations avaient avancé bien plus vite que prévu.
« Au début du processus, l'été dernier, nous pensions que chaque cycle prendrait beaucoup de temps. Or nous en avons réalisé trois en six mois. C'est quasiment inédit pour un accord de libre‑échange », a‑t‑il ajouté.
L'ALE entre le Royaume‑Uni et la Türkiye, entré en vigueur le 1er janvier 2021, a dynamisé les échanges bilatéraux, qui ont atteint 28 milliards de livres sterling (près de 38 milliards de dollars) l'an dernier, selon les chiffres fournis par Bryant.
Jeudi, lors de discussions de haut niveau à Londres, les deux pays ont signé un nouveau plan d'action du Comité économique et commercial conjoint (JETCO) comprenant 16 mesures concrètes, ainsi qu'un accord de reconnaissance mutuelle.
Ces instruments ont été adoptés à l'occasion de la huitième réunion du JETCO Türkiye‑Royaume‑Uni, tenue pendant la visite à Londres du ministre turc du commerce, Ömer Bolat. Les deux pays visent à doubler le volume de leurs échanges bilatéraux à moyen terme.
Le quatrième cycle de négociations sur l'élargissement de l'ALE est prévu pour le mois prochain.
Bryant a insisté sur l'importance d'obtenir des résultats concrets, même si les négociations se poursuivent.
« Au final, l'essentiel n'est pas seulement de s'accorder sur le texte, mais de le mettre en œuvre pour que les entreprises turques et britanniques puissent profiter des opportunités », a‑t‑il insisté.
« Je me réjouis que la Türkiye ait accepté la libéralisation des télécommunications, que nous considérons comme une opportunité majeure pour offrir des services de qualité en Türkiye, mais aussi pour les entreprises britanniques. »
Il a confirmé la tenue de nouveaux cycles : « Les points les plus faciles sont déjà réglés et il nous reste à négocier les aspects les plus délicats dans les prochains mois. Le prochain cycle aura lieu en février et j'espère qu'il y en aura d'autres au cours de l'année. »
Bryant a suggéré qu'un accord de libre‑échange pourrait voir son champ d'application considérablement élargi. « Ce serait souhaitable de pouvoir doubler sa portée. C'est le type d'objectif possible avec un accord qui réduit les barrières tarifaires et non tarifaires, pour les biens comme pour les services et le commerce électronique. »
Coopération en matière de défense et alliance à long terme
Soulignant la dimension stratégique du partenariat, Bryant a souligné : « Nous avons la chance d'être des alliés solides avec la Türkiye, tant sur le plan commercial que sur les plans militaire et sécuritaire. Cela permet, selon moi, de nous faire confiance et d'avancer ensemble avec détermination. »
Il est revenu sur les récents échanges diplomatiques, rappelant qu'il s'agissait de la première visite d'un Premier ministre britannique, Keir Starmer, en Türkiye depuis huit ans, un événement qu'il a qualifié « d'extraordinaire ».
La visite d'octobre a permis de conclure la vente des Typhoon à la Türkiye, a‑t‑il dit, en insistant sur le fait que « ce n'est que le début de notre accord et de notre coopération en matière de défense ». Qu'il s'agisse de production ou de coopération au sein de l'OTAN, je pense que nous sommes des alliés très solides dans les deux cas. »
En octobre, la Türkiye a signé un contrat de 8 milliards de livres sterling (10,7 milliards de dollars) avec le Royaume‑Uni pour l'achat de 20 avions de combat Eurofighter Typhoon, une transaction que le gouvernement britannique présente comme « un modèle à suivre pour tous les alliés de l'OTAN ».
Il a aussi mis en avant deux piliers des relations bilatérales : l'appartenance à l'OTAN et le commerce. « Nous sommes tous deux des membres importants de l'OTAN, et dans un contexte international incertain, cela constitue un élément central de notre relation », a‑t‑il déclaré. « Aujourd'hui, nous parlons surtout de commerce, et je suis heureux de constater que nos échanges bilatéraux ont doublé ces dernières années. »
Bryant a également cité des exemples de coopération bilatérale dans des pays tiers : « Par exemple, en Serbie, nous avons travaillé sur d'importants projets de construction où des entreprises britanniques assurent les travaux préparatoires, la conception et le financement, tandis que des entreprises turques prennent en charge la construction et les aspects commerciaux. Ce type de coopération est, à mon sens, central pour ce que nous souhaitons développer. »
Le Royaume‑Uni envisage un accord de libre‑échange avec le Groenland
Bryant a aussi évoqué le Groenland en rappelant l'engagement du Royaume‑Uni envers l'OTAN. « Le Royaume‑Uni et la Türkiye sont des membres actifs et engagés de l'OTAN, tout comme le Danemark. La situation au Groenland concerne uniquement les Groenlandais et le peuple danois ; ce sont eux qui doivent décider de son avenir », a‑t‑il affirmé.
Il a ajouté que les obligations liées à l'OTAN restent au cœur de la position britannique. « L'OTAN impose des exigences spécifiques que nous soutenons pleinement, et je sais que nos homologues turcs les soutiennent aussi. »
Parallèlement, Bryant a indiqué que le Royaume‑Uni menait des négociations commerciales avec le Groenland, rappelant que les enjeux économiques sont souvent liés à des considérations géopolitiques.
« Nous cherchons par ailleurs à conclure un accord de libre‑échange avec le Groenland. Il faut lever certains obstacles liés aux barrières tarifaires et non tarifaires », a‑t‑il précisé. « Il arrive donc que des enjeux géopolitiques se concentrent autour du commerce, que ce soit le pétrole, le gaz ou autre. »
Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exprimé son souhait de prendre le contrôle du Groenland, territoire autonome au sein du Danemark, et n'a pas exclu d'y recourir à la force militaire.
Au lendemain de l'opération militaire américaine au Venezuela qui a conduit à l'enlèvement du président Nicolas Maduro, Trump a réitéré ses appels à une prise de contrôle américaine du Groenland au nom de la sécurité nationale des États‑Unis.