4 cancers sur 10 sont évitables, selon une étude de l'OMS
Une étude phare de l'OMS révèle que 7,1 millions de cas de cancer diagnostiqués en 2022 auraient pu être évités, en agissant sur des facteurs de risque comme le tabac et les infections.
Par Pauline Odhiambo
La Malawienne Grace Banda, 40 ans, a un message pour chaque femme qu'elle rencontre : le cancer n'est pas la malédiction qu'on en fait souvent. Dans la plupart des cas, il peut être empêché avant même de commencer.
Elle le sait bien, ayant combattu la maladie et survécu pour en témoigner.
Diagnostiquée il y a deux ans d'un cancer du col de l'utérus à un stade avancé, Grace était convaincue que les douleurs persistantes et les saignements ne pouvaient plus être pris en charge médicalement.
Une campagne de dépistage et le traitement qui a suivi ont tout changé. Aujourd'hui, sa jeune fille est vaccinée contre le virus qui a failli tuer sa mère.
« Nous ne savions pas qu'un simple virus pouvait provoquer cela », dit Grace à TRT Afrika. « Nous avions peur de quelque chose que nous ne comprenions pas. »
Son histoire illustre une conclusion désormais confirmée par l'analyse mondiale la plus exhaustive à ce jour : une part importante des cas de cancer est évitable.
Une nouvelle étude de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de l'Agence internationale pour la recherche sur le cancer (CIRC) révèle qu'au plus quatre cas de cancer sur dix dans le monde, soit environ 7,1 millions de cas diagnostiqués rien qu'en 2022, proviennent de causes évitables.
Publiée avant la Journée mondiale contre le cancer, le 4 février, l'analyse examine 30 facteurs de risque modifiables (du tabac, de l'alcool et de la pollution de l'air), pour la première fois dans une évaluation aussi large, neuf infections cancérogènes comprenant le virus du papillome humain (VPH) et Helicobacter pylori.
« C'est une évaluation complète des cancers évitables dans le monde », déclare Dre Isabelle Soerjomataram, cheffe adjointe de l'Unité de surveillance du cancer au CIRC.
« S'attaquer à ces causes évitables représente l'une des opportunités les plus puissantes pour réduire le fardeau mondial du cancer. »
Dynamique selon le genre
Les données de 185 pays montrent que le tabac reste la principale cause évitable de cancer, responsable de 15 % des cas mondiaux, suivie par les infections (10 %) et l'alcool (3 %).
Les cancers du poumon, de l'estomac et du col de l'utérus représentent à eux seuls près de la moitié de tous les cas évitables.
L'écart entre les sexes est encore plus frappant.
Environ 45 % des nouveaux cas de cancer chez les hommes sont liés à des risques évitables, contre 30 % chez les femmes.
Chez les hommes, le tabagisme a été identifié comme le déclencheur de 23 % de tous les cas.
Chez les femmes à l'échelle mondiale, des infections comme le VPH constituent la principale cause, à 11 %. Ces disparités entre les sexes reflètent l'exposition aux risques façonnée par des facteurs sociaux, économiques et comportementaux.
Le poids des cancers évitables varie fortement selon les régions.
En Afrique subsaharienne, 38 % des cas de cancer chez les femmes sont liés à des causes évitables, la proportion régionale la plus élevée au monde.
En Asie de l'Est, 57 % des cas chez les hommes sont classés comme évitables, principalement en raison du tabagisme.
À Nairobi, John Otieno, 52 ans, ancien ouvrier d'usine diagnostiqué d'un cancer du poumon, déplore ce qu'il appelle « une intersection de ces risques ».
« Nous travaillions avec des produits chimiques, et tout le monde fumait. C'était une manière de faire face au stress », dit-il à TRT Afrika.
« Personne ne parlait de l'air à l'usine et des cigarettes comme d'un double danger. La prévention ne se limite pas à une seule chose ; l'environnement dans lequel nous vivons compte aussi. »
Réponse en matière de prévention
Le rapport OMS-CIRC souligne que la prévention efficace exige des stratégies adaptées au contexte.
Les principales sont : un contrôle strict du tabac et de l'alcool, une vaccination large contre le VPH et l'hépatite B, l'amélioration de la qualité de l'air, des lieux de travail plus sûrs et des politiques favorisant une alimentation plus saine et l'activité physique.
« C'est la première analyse mondiale montrant quelle part du risque de cancer provient de causes que nous pouvons prévenir », explique le Dr André Ilbawi, responsable technique pour le contrôle du cancer à l'OMS.
« En examinant les tendances par pays et par groupes de population, nous pouvons fournir aux gouvernements et aux individus des informations plus précises pour aider à prévenir de nombreux cas de cancer avant qu'ils ne commencent. »
La voie à suivre est une action concertée dans tous les secteurs — de la santé et de l'éducation à l'énergie, aux transports et au travail.
L'objectif n'est pas simplement de réduire les chiffres mais de construire un monde où moins de familles apprennent qu'un diagnostic aurait pu être évité.
Comme le résume Grace, « Pour vaincre le cancer, nous ne devons pas seulement combattre la maladie. Nous devons renforcer le bouclier qui l'empêche de s'implanter. »