Par Naomi William
Il y a 29 ans, la Tanzanie a été frappée par une tragédie majeure avec le naufrage du navire MV Bukoba.
Cet événement, survenu le 21 mai 1996, a causé la mort de plus de 800 personnes, et certains fonctionnaires ont été poursuivis pour négligence criminelle liée à cet accident.
Avec à son bord entre 750 et 800 passagers, ainsi que 37 membres d'équipage, le navire a sombré dans les eaux du lac Victoria, près de la côte de Bwiru, à Mwanza, à environ 30 kilomètres de la terre ferme.
L'accident s'est produit tôt le matin, alors que de nombreux passagers se préparaient pour leur journée.
Une cicatrice indélébile
« Nous avons passé cinq ans sans même avoir une tombe pour prier. Le corps de mon mari n'a jamais été retrouvé. C'était comme perdre tous mes rêves », raconte Rose Kaswako, résidente de Kirumba à Mwanza, qui a perdu son mari et ses deux enfants dans cette tragédie.
Pour éviter qu'une telle catastrophe ne se reproduise, le gouvernement tanzanien a pris diverses mesures à court et long terme.
Une commission d'enquête a été mise en place pour formuler des recommandations visant à renforcer la sécurité des transports maritimes.
L'une des principales recommandations a été la création de l'Autorité de Régulation des Transports Maritimes (SUMATRA), devenue plus tard l'Agence des Services Maritimes de Tanzanie (TASAC), chargée de superviser et de réguler la sécurité des transports maritimes en Tanzanie continentale.
Cette institution a entrepris diverses initiatives pour moderniser les systèmes des navires, passant de l'analogique au numérique, afin de s'adapter aux technologies modernes.
« Nos navires respectent les normes internationales de sécurité pour prévenir les accidents et protéger l'environnement aquatique, conformément aux directives de l'Organisation Maritime Internationale (OMI) », explique Eric Hamissi, directeur de TASHICO.
Selon Hamissi, l'entreprise a amélioré les systèmes de billetterie en ligne et les portiques de contrôle des billets et des bagages pour éviter la surcharge des navires.
Lac Victoria
En ce qui concerne le lac Victoria, TASHICO prévoit de construire un navire cargo moderne de 3 000 tonnes et une usine de construction navale.
« Le gouvernement a élaboré plusieurs plans pour augmenter le nombre de navires et améliorer les services de transport maritime, notamment sur le lac Victoria », ajoute-t-il.
TASHICO participe à divers salons nationaux pour sensibiliser le public, tels que la Foire Internationale de Dar es Salaam (Saba Saba), la Journée des Agriculteurs (Nane Nane), la Journée Mondiale des Océans, et la Journée Mondiale des Marins.
Accords internationaux de sécurité
De son côté, l'Agence des Services Maritimes de Tanzanie (TASAC) continue de mettre en œuvre des accords internationaux tels que ceux de l'OMI et de la Convention SOLAS, qui exigent que les navires soient équipés de dispositifs de sauvetage conformes aux normes internationales.
Les équipements sont inspectés lors de l'enregistrement de chaque navire et régulièrement, tous les trimestres.
« Nous collaborons avec l'Autorité Gouvernementale pour les Technologies de l'Information (eGA) afin de renforcer les systèmes numériques pour améliorer les services aux marins et aux navires », renseigne Mohamed Salum, directeur de TASAC.
Selon Salum, ce système vise à gérer l'enregistrement, l'inspection, la délivrance de certificats, ainsi que le suivi de la construction et de la réparation des navires.
« Ce système simplifiera considérablement les services pour les propriétaires de navires, leur permettant d'accéder à toutes les prestations de régulation via une plateforme numérique unique », ajoute-t-il.
Recherche et sauvetage en mer
Selon le directeur de TASAC, le gouvernement a établi un Centre National de Coordination pour la Recherche et le Sauvetage en Mer (MRCC) basé à Dar es Salaam.
Ce centre reçoit des informations sur les accidents maritimes de la part des navires, des citoyens ou d'autres institutions, et utilise des systèmes de communication modernes pour localiser les zones d'accidents et coordonner les efforts de sauvetage en collaboration avec les équipes de secours.
Malgré les efforts du gouvernement à travers des institutions comme TASAC, plusieurs défis stratégiques subsistent.
Par exemple, les lois sur l'enregistrement des navires interdisent l'enregistrement de navires de plus de 15 ans pour des activités commerciales, afin de garantir leur qualité et leur sécurité.
Cependant, cela reste un défi pour les investisseurs locaux en raison des coûts élevés d'achat ou de construction de nouveaux navires.
Cette situation a conduit à une forte dépendance envers les navires gouvernementaux et les quelques propriétaires de petits navires, limitant ainsi la concurrence et l'innovation dans ce secteur.
« Dans certaines régions, on utilise encore largement des embarcations en bois ou en rondins, qui sont dangereuses pour les passagers et l'environnement. De plus, la disponibilité du bois pour fabriquer ces embarcations diminue. Il est nécessaire de mettre en place un plan national pour promouvoir l'utilisation de matériaux alternatifs et plus sûrs, comme la fibre de verre produite localement », insiste le professeur Makame Mbarawa, ministre des Transports en Tanzanie.
Manque d'équipements de sauvetage
Le navire MV Bukoba, lancé en 1979 par le premier président de la République Unie de Tanzanie, Julius Nyerere, a navigué pendant seulement 17 ans avant de chavirer lors d'un voyage régulier depuis le port de Bukoba via Kemondo.
Il a sombré à seulement un mile et demi de son arrivée prévue au port de Mwanza Nord, donnant aux passagers l'espoir d'atteindre leur destination en toute sécurité.
Le navire était proche de la plage de l'école secondaire Bwiru, où un mémorial a été érigé en hommage aux victimes de cet accident tragique, l'un des pires jamais enregistrés sur le lac Victoria.
Le manque d'équipements de sauvetage a aggravé le bilan des victimes. Les sauveteurs, venus d'Afrique du Sud, ont dû plonger à 25 mètres de profondeur pour récupérer quelques corps.
Cette tragédie reste gravée dans la mémoire des habitants de la région des Grands Lacs et de toute la Tanzanie. Chaque année, le 21 mai, le pays commémore les victimes de ce naufrage.
Certaines dépouilles n'ont jamais été retrouvées.
Les tombes d'autres victimes se trouvent à Igoma, à huit kilomètres du centre-ville de Mwanza.
À ce jour, aucune cause officielle n'a été annoncée par le gouvernement concernant le naufrage du MV Bukoba, bien que certains responsables et témoins évoquent une surcharge de passagers et de marchandises, ainsi qu'une tempête violente sur le lac.
Construit par une entreprise belge, le navire souffrait de problèmes de stabilité depuis son lancement.











