Bokar Biro: le roi qui préféra mourir plutôt que de livrer le Fouta-Djalon à la France
Selon les historiens, la tête de Bokar Biro est décapitée après sa mort puis remise aux autorités françaises comme trophée de guerre.
Bokar Biro: le roi qui préféra mourir plutôt que de livrer le Fouta-Djalon à la France
La Guinée a officiellement demandé à la France le crâne de son héros anticolonial Almamy Bokar Biro, 130 ans après.

Pendant plus d'un siècle, son nom est resté gravé dans la mémoire collective guinéenne. Pourtant, son crâne se trouverait toujours en France. Aujourd'hui, la Guinée réclame la restitution des restes de Bokar Biro Barry, dernier almamy indépendant du Fouta-Djalon, tué en 1896 après avoir opposé une résistance farouche à la conquête coloniale française. Plus qu'une simple demande de restitution, Conakry veut refermer l'un des chapitres les plus douloureux de son histoire.

"Ce n'est pas quelqu'un d'anodin dont le crâne doit continuer à être exposé dans un musée en France", affirme Moussa Moïse Sylla, ministre guinéen de la Culture qui a déposé la demande le 27 juillet.

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Le dernier rempart du Fouta-Djalon

Né vers 1852, Bokar Biro Barry accède au pouvoir en 1890 comme almamy, chef politique et religieux de l'État théocratique du Fouta-Djalon. À cette époque, le royaume est l'un des derniers grands États indépendants d'Afrique de l'Ouest.

Mais les ambitions françaises sont claires : contrôler le Fouta-Djalon afin de relier leurs possessions du Sénégal, de la Guinée et du Soudan français. Pendant plusieurs années, Paris tente d'imposer son influence par la diplomatie, les traités et les divisions internes plutôt que par la guerre ouverte. Bokar Biro refuse de céder la souveraineté de son royaume malgré les pressions croissantes.

Un chef qui dit non à la colonisation

L'histoire retient un épisode devenu emblématique.

En mars 1896, les autorités françaises cherchent à lui faire signer un traité de protectorat. Selon plusieurs récits historiques, Bokar Biro refuse de reconnaître la domination française et inscrit simplement "Bismillah" (Au nom de Dieu) à la place de sa signature, rendant le document politiquement inacceptable. Ce geste symbolise son refus catégorique de placer son pays sous tutelle étrangère.

Mais sa résistance se heurte aussi aux divisions internes. Les rivalités entre les factions Alfaya et Soriya (les deux dynasties dirigeantes), ainsi que l'autonomie des chefs provinciaux, fragilisent considérablement le royaume au moment où la France prépare son offensive finale. Les historiens considèrent aujourd'hui que ces fractures internes ont facilité la conquête coloniale.

La bataille qui change l'histoire

En novembre 1896, les troupes françaises commandées par le colonel Alfred Dodds lancent l'assaut décisif.

La bataille de Porédaka tourne rapidement à l'avantage des forces coloniales, mieux équipées grâce à leur artillerie moderne. Bokar Biro refuse de se rendre. Après la défaite, il tente de poursuivre sa fuite avec quelques fidèles avant d'être rattrapé et tué.

Sa mort marque la fin de l'indépendance du Fouta-Djalon. Quelques semaines plus tard, la région passe définitivement sous domination française. Pour de nombreux historiens, il s'agit d'un tournant majeur dans l'achèvement de la conquête coloniale de l'actuelle Guinée.

"Il était un farouche défenseur de la liberté, c'est pour ça qu'il a été décapité. Il a été décapité, parce qu'il était contre la pénétration coloniale au Fouta", explique Mohamed Amirou Conté, directeur du musée national de Guinée à Conakry et membre du comité scientifique.

Une tête transformée en trophée colonial

Selon les récits historiques et plusieurs archives coloniales, la tête de Bokar Biro est décapitée après sa mort puis remise aux autorités françaises comme trophée de guerre. Cette pratique, fréquente durant les conquêtes coloniales, visait à démontrer la victoire de l'administration coloniale sur les chefs de résistance africains.

Pendant plus de cent trente ans, le destin de ce crâne est resté entouré d'incertitudes.

Grâce à la loi française de 2023 facilitant la restitution des restes humains appartenant aux collections publiques, la Guinée a officiellement engagé les démarches pour récupérer les restes de son héros national afin qu'il bénéficie enfin d'une sépulture digne. Cette demande s'inscrit dans un mouvement plus large de restitution du patrimoine et des restes humains prélevés durant la colonisation.

Pourquoi la Guinée veut-elle récupérer son crâne ?

Pour les autorités guinéennes, il ne s'agit pas d'un simple ossement.

Le crâne de Bokar Biro représente l'un des derniers symboles matériels de la conquête coloniale. Le rapatrier reviendrait à rendre sa dignité à un homme tombé pour avoir refusé de céder son pays, mais aussi à réparer une blessure mémorielle vieille de plus d'un siècle.

En Guinée, Bokar Biro est considéré comme l'une des grandes figures de la résistance anticoloniale, au même titre que Samory Touré dans l'espace ouest-africain. Son histoire est enseignée comme celle d'un dirigeant qui, malgré les divisions internes et l'infériorité militaire de son armée, choisit de défendre jusqu'au bout la souveraineté de son peuple.

Plus de 130 ans après sa mort, le combat de Bokar Biro ne se joue plus sur un champ de bataille. Il se joue désormais dans les musées, les archives et les institutions, où la question n'est plus de savoir qui a gagné la guerre, mais comment rendre justice à l'histoire.

SOURCE DE L'INFORMATION:TRT Afrika Français