Les victoires contre le trachome en Afrique renforcent le combat pour neutraliser la cécité
Le nombre de personnes à risque de la principale cause infectieuse de cécité dans le monde est passé sous la barre des 100 millions pour la première fois de l'histoire. Les interventions en Afrique ont joué un rôle important dans cette avancée.
Par Pauline Odhiambo
Les rires de ses petits‑enfants résonnaient encore à ses oreilles, joyeux et proches, mais leurs visages commençaient à s'effacer.
Quand elle désirait aider aux tâches de la maison, sa vue la trahissait.
Le trachome avait pris à Abeba Mengesha jusqu'aux plaisirs les plus simples de la vie.
À chaque infection douloureuse, ses cils se retournaient un peu plus vers l'intérieur, jusqu'à rayer sa cornée et brouiller son monde à plus d'un titre.
« Je disparaissais dans l'obscurité, » confie la grand‑mère de 68 ans, originaire d'un village reculé d'Éthiopie, à TRT Afrika. « Je craignais de devenir un fardeau. »
Une simple intervention chirurgicale, menée dans le cadre d'une campagne de santé locale, a réparé les dégâts qu'Abeba pensait irrémédiables.
« Le jour où ils ont retiré les pansements, j'ai senti un flot de lumière. Ce n'était pas seulement le soleil qui touchait de nouveau mes yeux ; c'était la reprise de ma vie, » dit Abeba. Abeba Mengesha
« Maintenant, je regarde mes petits courir. Je peux aller chercher de l'eau ; je peux accomplir d'autres tâches. La vue, c'est tout. »
L'histoire d'Abeba, autrefois tristement fréquente dans des dizaines de pays africains, témoigne de la manière dont la lutte contre le trachome progresse.
Tournant décisif
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé en décembre 2025 que, pour la première fois dans l'histoire enregistrée, le nombre de personnes dans le monde nécessitant des interventions chirurgicales contre le trachome — la principale cause infectieuse de cécité — était passé sous la barre des 100 millions.
De 1,5 milliard de personnes exposées au risque de cécité due au trachome en 2002, le chiffre a chuté de 94 % pour s'établir actuellement à 97,1 millions de personnes.
Au Kenya, l'agent de santé communautaire Samuel Kariuki a vu les infections, autrefois galopantes et presque ingérables, céder la place à des initiatives de santé ciblées qui réduisent l'endémicité, surtout sur le continent.
« Il y a vingt ans, le trachome était partout. Les médicaments et les opérations seuls n'auraient pas suffi. Grâce aux campagnes, les gens comprennent désormais l'importance d'une meilleure hygiène et d'un meilleur assainissement. Nous chassons le trachome, » raconte‑t‑il à TRT Afrika.
Il lance toutefois une mise en garde : « Mais nous ne pouvons pas arrêter de lutter contre la maladie. Nous pourrions nous relâcher, mais la bactérie (Chlamydia trachomatis) qui cause l'infection et les mouches qui contribuent à sa propagation, elles, ne s'arrêteront pas. La baisse des infections est un carburant pour notre travail, pas la ligne d'arrivée. »
Ce recul résulte de décennies d'efforts soutenus sous la stratégie SAFE approuvée par l'OMS, chirurgie, antibiotiques, hygiène faciale et amélioration de l'environnement.
Avec la récente certification par l'OMS de l'Égypte et des Fidji comme ayant éliminé la maladie en tant que problème de santé publique, la liste compte désormais 27 pays, couvrant toutes les régions endémiques du trachome.
« La réduction du nombre de patients atteints de trachome en dessous de 100 millions témoigne d'un leadership national fort et d'une mise en œuvre cohérente de la stratégie SAFE, » déclare le Dr Daniel Ngamije Madandi, directeur du département paludisme et maladies tropicales négligées à l'OMS.
« Les données montrent que SAFE est à la fois efficace et adaptable. L'OMS reste déterminée à soutenir les pays pour atteindre l'élimination du trachome au niveau mondial d'ici 2030. »
Mobilisation mondiale
Les entreprises pharmaceutiques ont fait don de plus de 1,1 milliard de doses de l'antibiotique azithromycine, couramment utilisé pour combattre l'infection, via l'International Trachoma Initiative (ITI).
Des initiatives parallèles, comme le Global Trachoma Mapping Project et son successeur Tropical Data, ont couvert plus de 15 millions de personnes, permettant aux ministères de la santé de cibler les interventions avec précision, en moyenne, une personne examinée toutes les 25 secondes depuis 2012.
« Derrière chaque jalon se trouvent des millions d'histoires individuelles de personnes dont la vue a été préservée, » souligne PJ Hooper, directeur de l'ITI.
Le principal défi pour atteindre l'objectif d'élimination du trachome d'ici 2030 est que près de 100 millions de personnes restent exposées, la majorité vivant dans des régions insuffisamment desservies.
« Une diminution de 94 % depuis 2002 est remarquable, » affirme Michaela Kelly, présidente de la Coalition internationale pour le contrôle du trachome.
« Il nous faut environ 300 millions de dollars supplémentaires pour combler les lacunes de financement en matière de chirurgie, d'approvisionnement en antibiotiques, d'enquêtes et de recherche. »
Abeba, qui mène désormais une vie qu'elle croyait hors de portée, exprime une profonde gratitude pour l'intervention qui lui a rendu la vue.
« Dites‑leur que leur travail ne se résume pas à des chiffres, » dit‑elle. « Ils m'ont rendu mes yeux et mon avenir. »
Samuel, l'agent de santé, estime que la victoire est en vue : « Nous avons démontré que cette maladie peut être vaincue. Il nous faut maintenant veiller à ce que le dernier kilomètre ne soit pas le plus difficile. »