Adeniyi Adebayo : "Le numérique et l'IA sont une immense opportunité pour les PME africaines"
Adeniyi Adebayo, un des dirigeants de Yango Ride.
Adeniyi Adebayo : "Le numérique et l'IA sont une immense opportunité pour les PME africaines"
L’économie numérique représente plus de 5% du PIB de l’Afrique et va beaucoup progresser grâce à l’essor de l’internet mobile. Comment les PMEs peuvent-elles saisir ces opportunités ?

Par Claude Foly

TRT Afrika a posé la question à Adeniyi Adebayo, directeur commercial du Yango Ride, filiale du groupe Yango présent dans les transports et les services numériques dans plusieurs pays africains.

 Quel est l’enjeu des plateformes numériques pour les PME en Afrique ?

 Notre continent connait aujourd'hui la croissance la plus rapide en termes d’adoption numérique au monde.

 Il y a 25 ans, l'économie numérique en tant que telle n'existait pas dans le monde, et certainement pas en Afrique. Les premiers téléphones portables remontent à l’an 2000. Je me souviens très bien du jour où ma mère a acheté le premier téléphone Nokia 3310, si célèbre, en 2002.

 Et en 25 ans, l'économie numérique a généré une valeur ajoutée énorme dans une grande partie du monde. Alphabet (Google) et autres Microsoft valent aujourd’hui des milliards de dollars.

 Quand vous voyez les choses ainsi, cela change votre perspective. Donc si vous êtes entrepreneur, il est tout à fait logique pour vous de vous lancer dans ce secteur à forte croissance.

 Comment les entreprises africaines parviennent-elles à s'adapter ?

 Ce qui est formidable, c'est que beaucoup de pays africains n’ont pas une part importante des technologies ou des entreprises héritées du passé. Cela signifie que nous pouvons construire beaucoup plus vite et nous adapter plus rapidement aux nouvelles technologies et aux nouveaux systèmes.

Par exemple, avant les téléphones portables, il y avait les lignes fixes qui représentaient un investissement extrêmement important avec des infrastructures gigantesques.

Puis, la technologie mobile est arrivée. Ce qui a permis de distribuer très rapidement des téléphones beaucoup plus rapides aux gens et de leur assurer une connectivité.

 Dans beaucoup d’endroits en Afrique, il a été possible de faire certains changements et de sauter des étapes ou encore de s’adapter. Je pense aux cas de LeapFrog (un concept économique où l'on saute des étapes technologiques) qui représentent un changement de paradigme remarquable.

C’est le cas au Rwanda, où une entreprise appelée Zipline utilise des drones pour livrer des médicaments dans les régions reculées. Et pourquoi des drones ? Parce qu'il n'y a pas de routes. On a pu faire l'impasse sur l’absence de routes et simplement utiliser des drones.

 Quels sont les secteurs les plus dynamiques actuellement et comment cela peut concrètement bénéficier à l’Afrique ?

Tout ce qui touche à l'IA est en pleine effervescence. Aujourd'hui, cela révolutionne les espaces numériques et la manière dont le travail intellectuel s'effectue.

 Avec le temps, l'IA déborde aussi sur le monde physique. Il y aura donc beaucoup d'innovations qui découleront de ce que l'on appelle désormais l'IA physique (robots, drones, engins autonomes) et cela va entraîner une réduction considérable du coût de production de nombreux produits.

 Par exemple, la construction de routes coûte si cher en Afrique aujourd'hui parce qu'il faut notamment de nombreux spécialistes et d'expertises à chaque étape. Imaginez une époque où l'on disposerait d'un robot capable de réaliser toutes ces tâches et de construire des routes.

 Et même le coût de production de ce robot peut être, disons, de 2000 dollars seulement, parce que les connaissances sont abondantes et bien partagées.

L'avenir me semble extrêmement prometteur car ces genres de changement vont se répercuter sur tous les secteurs : l'agriculture, l'alimentation, les transports, l'industrie.

Comment les plateformes numériques peuvent-elles soutenir une initiative africaine comme la Zone de libre-échange africaine ?

 Aujourd'hui, la libre circulation des communications est une réalité sur le continent. En ce moment, je ne paie (presque) aucune taxe pour vous parler via WhatsApp, ou via Zoom.

 En plus, il existe une libre circulation des personnes dans certaines organisations régionales africaines. Nous avons dans notre zone la CEDEAO.

 La circulation aisée des capitaux et des biens est l’un des principaux problèmes que nous n'avons pas encore résolus. Il nous faut donc, entre les différents pays, construire une infrastructure qui instaure la confiance.

Car l'un des principaux obstacles à la libre circulation des biens et des services est l'absence d'harmonisation de la réglementation.

 Sur cet aspect, comment le groupe Yango se débrouille ?

 Si vous conduisez pour Yango en Côte d'Ivoire, par exemple, il existe un ensemble de réglementations qui s'appliquent aux voitures, aux conducteurs, aux partenaires, etc. Et cette réglementation ne s'applique ni au Cameroun ni au Sénégal. Il s'agit d'un nouveau type de conversation et d'un nouvel ensemble de règles. Nous travaillons de concert avec les autorités économiques et autres pour avoir une reconnaissance mutuelle des différentes réglementations.

Je pense donc que cela contribuerait grandement à faciliter l'intégration que nous souhaitons tous voir en Afrique.

Chez Yango, notre approche a toujours été de privilégier les échanges et la communication avec différentes entités et autorités gouvernementales afin de les voir mettre en œuvre des solutions permettant la libre circulation des biens, des services et des personnes.

Si nous parvenons à mettre en place les infrastructures et les réglementations adéquates, il n'y a aucune raison pour que les échanges commerciaux entre Africains ne progressent pas.

Comment appréciez-vous les efforts d’intégration en cours ?

Ce que nous demandons aux gouvernements africains n'est pas chose facile. Nous avons un milliard d'habitants sur le continent, répartis dans 54 pays. Et si l'on prend l'Inde, l'Inde compte 1,3 milliard d'habitants, un seul pays. Pour l’Afrique, il s'agit donc de naviguer entre 54 personnes ou entités et d'essayer de parvenir à un accord ou des accords sur diverses thématiques.

Tout cela est délicat. Je comprends donc que ce n'est pas simple. Mais nous progressons. C'est pourquoi nous pouvons constater que certaines de ces décisions ont été prises (création de la Zlecaf).

L'étape suivante consiste essentiellement à passer de la simple communication et des échanges à la mise en œuvre de mesures concrètes, à la construction d'infrastructures, etc.

Et si nous parvenons à franchir correctement les prochaines étapes, je pense qu'une ère d'abondance attend l'Afrique. Je suis même très optimiste à ce sujet.