Par Pauline Odhiambo
Mireille Bondo porte chaque matin deux bidons de 20 litres sur plus d'un kilomètre pour atteindre un forage. Le robinet au bout de sa rue est à sec depuis deux ans.
« Mes enfants ont besoin d'eau pour se laver avant d'aller à l'école, et j'en ai besoin pour les petits légumes que je vends », dit la trentenaire de 32 ans, originaire de Lukalaba en République démocratique du Congo, à TRT Afrika.
« Ils disent qu'il existe un plan pour un approvisionnement en eau adéquat dans ce pays. Pour l'instant, porter un bidon sur mon dos, c'est le plan. »
À plus de 4 000 kilomètres à l'est, dans l'un des quartiers informels de Nairobi, Duncan Ochieng, 17 ans, fait la queue devant des latrines publiques partagées par plus de cinquante ménages. Les portes de chaque cabine sont cassées. L'odeur est omniprésente.
« On y va vite, et on espère ne pas tomber malade », explique-t-il.
Ce qui effraie davantage l'adolescent kényan, c'est la pluie. « Quand il y a des inondations, tout cet endroit devient... des toilettes », dit-il.
« L'année dernière, ma petite sœur est tombée très malade à cause de l'eau. Le médecin de la clinique a dit que c'était le choléra. »
Dans les villes africaines animées, des millions de personnes répètent chaque matin une variante du même rituel : porter de l'eau, éviter les eaux de ruissellement contaminées et gérer les risques sanitaires et autres que des infrastructures publiques de base devraient pouvoir atténuer.
Une nouvelle étude mondiale explique le paradoxe de ces villes : des politiques qui existent sur le papier mais des systèmes qui ne fonctionnent pas en réalité.
Plus que de la plomberie
Le rapport 2025 d'ONU‑Eau, Global Analysis and Assessment of Sanitation and Drinking Water (GLAAS), compilé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'UNICEF, s'appuie sur des données de 105 pays.
La conclusion centrale est un décalage structurel entre ce que les gouvernements promettent et ce qui est effectivement fourni aux citoyens.
Moins de 13 % des pays disposent des ressources financières et humaines nécessaires pour mettre en œuvre leurs plans pour l'eau, l'assainissement et l'hygiène. Dans 64 % des pays, des responsabilités gouvernementales qui se chevauchent créent des doublons et de la confusion plutôt que de la coordination.
L'écart de financement entre les besoins identifiés et les ressources disponibles s'élève à 46 %.
« À moins de cinq ans de nos objectifs 2030 (eau potable sûre et abordable pour tous et accès à l'assainissement), nous sommes à un moment critique », déclare le Dr Alvaro Lario, président d'ONU‑Eau.
Pour les villes africaines, les conséquences sont concrètes. Une entreprise de distribution d'eau peut exister, mais les quartiers informels restent en dehors de son réseau. Une politique nationale d'assainissement peut être en place, mais les budgets municipaux ne suffisent pas à financer des réseaux d'égouts.
Le bilan mondial de 2,1 milliards de personnes sans eau potable sûre et de 3,4 milliards sans assainissement sûr en dit long. Les zones urbaines d'Afrique représentent une part disproportionnée de ce problème de santé publique.
Même l'eau qui entre dans le système fuit. En moyenne, 39 % est classée comme eau non facturée — perdue à cause de fuites, de vols ou de branchements non mesurés. Les recettes perdues auraient pu financer l'extension vers des quartiers comme celui de Mireille.
La régulation offre peu de filets de sécurité : moins de la moitié des pays publient des rapports publics sur la qualité de l'eau potable.
« Des millions de vies continuent d'être perdues chaque année », affirme le Dr Ruediger Krech de l'OMS.
Inondations et maladies
Le changement climatique aggrave chaque défaillance. Le rapport constate que 80 % des pays mentionnent désormais les risques climatiques dans leurs politiques eau‑assainissement‑hygiène (WASH), mais seulement 20 % disposent de mesures pour financer des actions en faveur des populations les plus vulnérables.
L'écart entre la reconnaissance du problème et le financement d'une réponse est vaste.
Dans le quartier de Duncan, ce n'est pas une abstraction. De fortes pluies inondent les zones basses, contaminent les sources d'eau peu profondes et détruisent des infrastructures d'assainissement fragiles. Les pluies saisonnières entraînent des épidémies.
Le coût sanitaire est déjà lourd. En 2019, au moins 1,4 million de personnes sont mortes de causes évitables liées à l'eau insalubre et à un assainissement inadéquat. En 2024, plus de 560 000 cas de choléra ont été signalés dans le monde, avec d'importantes épidémies dans plusieurs pays africains.
Réparer le système
Publié un an avant la Conférence des Nations unies sur l'eau de 2026, prévue en décembre, le rapport GLAAS plaide pour une refonte structurelle.
« Accélérer le progrès dépend de systèmes et de secteurs WASH plus solides, y compris le financement, les politiques, la gouvernance, les capacités et les données », explique Cecilia Scharp de l'UNICEF.
Pour Mireille et Duncan, des systèmes plus solides signifieraient quelque chose de basique : de l'eau au robinet, des toilettes munies d'une porte.
Le rapport montre clairement que l'obstacle n'est pas le manque de plans, mais l'incapacité à construire les institutions, les budgets et les infrastructures qui transforment les plans en plomberie.
« Nous en avons assez d'attendre que les choses se fassent », ranconte Mireille.
« Nous avons besoin d'eau propre qui coule dans nos robinets et d'un système d'assainissement qui ne nous expose pas aux épidémies. »











