Par Firmain Eric Mbadinga.
Depuis mai, les populations des régions de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu en RDC sont en état d'alerte maximale à cause de l'apparition de l'épidémie d'Ebola du virus Bundibugyo.
L'ampleur de la maladie est telle qu'elle a été classée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une urgence de santé publique de portée internationale.
Malgré la mobilisation très remarquée de l'OMS et de ses partenaires, le nombre de cas de cette variante de la maladie provenant d'une souche dite rare ne cesse d'inquiéter.
La sensibilisation sur les bonnes pratiques de gestion de la maladie à court terme, et à moyen et long terme, sur les habitudes alimentaires et les règles d'hygiène a toujours fait partie des clés disponibles pour rompre la chaîne funeste d'Ebola en Afrique.
Et cette clé, la jeunesse congolaise qui a décidé de participer à la lutte contre la propagation du virus, compte bien s'en servir.
Alexis Alyson KABAMBI est le coordinateur pays du Corps des Jeunes contre le Paludisme (CJP-RDC/Asbl), une organisation de la société civile créée en 2021 avec l’appui de l'African Leaders Malaria Alliance (ALMA).
Les membres du réseau se sont déployés à travers les localités de Bulape du Kasaï, de Goma ou encore de Bunia.
Pour ces volontaires, ce type de descentes sur le terrain n'est pas qu'une simple formalité ou de simples données statistiques.
Pour eux, chaque rencontre avec les populations est une expérience humaine, une expérience de vie qui peut tout aussi bien rencontrer mort ou espoir sur son chemin.
"Nous avons mobilisé nos membres volontaires des provinces citées pour appuyer les activités communautaires et renforcer la surveillance communautaire des cas suspects et orienter les personnes vers les structures sanitaires de soins. À l’avenir, nous comptons intensifier les campagnes de proximité, soutenir les efforts de sensibilisation dans les zones à risque et collaborer davantage avec les autorités sanitaires et les partenaires humanitaires, car pour l’instant, nous collaborons avec l’équipe de l'ONG internationale ALIMA", confie Alexis Alyson KABAMBI à TRT Afrika.
Selon Médecins Sans Frontières, le taux de létalité estimé du virus Bundibugyo est compris entre 25 et 40%. Les voies de transmission du virus sont le contact entre hommes (sang, organes, liquides biologiques) et le contact avec des animaux infectés.
Lorsqu'il s'agit de faire ces descentes de terrain, Alexis et ses compagnons doivent prendre des mesures à suivre à la lettre avant et après.
Un briefing technique a lieu, suivi du port de certains équipements de protection.
Les jeunes hommes et femmes volontaires prennent ensuite avec eux des supports de sensibilisation conçus avec le peu de moyens dont ils disposent.
"Nous respectons les protocoles sanitaires recommandés afin de protéger à la fois les équipes et les communautés bénéficiaires (lavage de mains, distanciation sociale et port de cache-nez)", précise le coordonnateur pays du Corps des Jeunes contre le Paludisme (CJP-RDC/Asbl).
En plus de la prière (un rituel qu'ils exécutent avant et après chaque mission), les membres du réseau ont d'autres outils qui leur permettent d'avoir confiance en eux.
Plusieurs membres du réseau ont bénéficié de formations en santé communautaire, communication des risques, engagement communautaire.
Leur message à l'endroit des populations qui, pour la plupart, les accueillent avec bienveillance porte principalement sur le respect des mesures de prévention, la nécessité de signaler rapidement les cas suspects, l’importance d’éviter l’automédication et la confiance que ces dernières devraient avoir envers les équipes des professionnels de santé.
Et grâce à cette sensibilisation par les pairs (par ses semblables), les populations sont plus réceptives et moins méfiantes.
Cette approche a le mérite de créer un véritable dialogue dont la lumière met à nu préjugés, fausses rumeurs et fake news.
"Cette période de crise sanitaire crée souvent la méfiance dans la communauté et la communauté n’aime plus visiter les centres de santé par peur d’être déclarée contaminée par le virus. Les réactions varient selon les communautés. Certaines populations accueillent favorablement les messages et collaborent activement. D’autres expriment parfois des craintes ou de la méfiance, souvent liées à un manque d’informations. Dans ces cas, nous proposons des dialogues communautaires et l’écoute de populations pour instaurer la confiance. La communauté nous fait confiance et elle est contente de partager ses expériences, ses besoins sans problème ni honte", souligne Alexis.
Pour que leur mission de sensibilisation et d'assistance technique et morale se passe sans écueils, les membres de CJP-RDC s'appuient sur les leaders des communautés qu'ils visitent.
Ni les défis liés à l’accès à ces communautés, ni les problèmes de sécurité ou encore les conditions climatiques parfois capricieuses n'ont jusqu'ici réussi à ralentir l'élan de solidarité de ces jeunes.
"Parmi les moments marquants, il y a fréquemment des situations où les enfants (élèves ou écoliers) deviennent spontanément nos meilleurs relais de sensibilisation après avoir compris les messages de prévention. Car un enfant qui a retenu une leçon, lors de la rentrée à la maison, partage l’information avec les parents et toute la famille.
Plusieurs parents ont connu notre organisation grâce aux informations partagées par leurs enfants écoliers . "
À l’inverse, certains moments sont plus difficiles, notamment lorsque ces jeunes volontaires congolais rencontrent des familles affectées par la maladie ou confrontées à la perte d’un proche.
"Ces situations nous rappellent l’importance et l’urgence de notre engagement. Nous avons eu ces cas de familles endeuillées dans la zone de santé de Bulape où la 16ᵉ épidémie avait été déclarée en début de l’année," complète Alexis, la gorge nouée.
Depuis le 15 mai, les efforts des organisations internationales spécialisées sur les questions de santé, et ceux des autorités congolaises vont crescendo.
Et les appels à la mobilisation à plus grande échelle se multiplient à juste titre tant les besoins pour les personnels de santé et en matière d'équipements médicaux sont vastes.
Toutefois les actions de collectifs tels que le CJP-RDC, dont les membres risquent leur santé et leur vie et dont l'impact est décisif sur les changements de comportement et sur une éradication définitive de la maladie, nécessitent au même titre un soutien en tout genre.













