Le Maroc lance la plateforme "PhiDoc" pour structurer et dynamiser la recherche en Afrique
L’inscription est ouverte aux doctorants, jeunes chercheurs et professeurs.
Le Maroc lance la plateforme "PhiDoc" pour structurer et dynamiser la recherche en Afrique
PhiDoc est une plateforme intégrée dédiée à l’ensemble de l’écosystème de recherche marocain et africain. Elle veut combler une faille informationnelle qui pousse parfois des doctorants à abandonner leur thèse, selon plusieurs études.

Par Firmain Eric Mbadinga

Le 16 septembre qui a été retenue pour le lancement officiel de la plateforme "PhiDoc".

Cette date correspond également à la Journée internationale de la science, de la technologie et de l’innovation pour le Sud.

La startup marocaine EdTech a donc voulu rendre historique son positionnement au sein de l’écosystème africain de la recherche matérialisé par PhiDoc.

La plateforme numérique PhiDoc,a pour mission de combler une faille informationnelle qui, du Maroc au reste du continent, pousse une large part des doctorants à abandonner leur thèse avant de la soutenir des mois ou des années plus tard ou pas du tout.

Et cette faille est sous-tendue par une étude de cas pratiques.

Sur un échantillon de 40 000 étudiants inscrits au cycle doctoral en 2023-2024, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation du Maroc, Abdellatif Miraoui explique que 90% ont dû à un moment abandonner leurs recherches faute d'information tant quantitative que qualitative.

Ce taux d’abandon représente une perte massive de potentiel scientifique pour le continent, estiment de nombreux spécialistes.

Outre la mise à disposition d'informations scientifiques, PhiDoc devrait aussi régler les problèmes d'encadrement des doctorants, ou encore les problèmes de bourses.

Certaines offres boursières souffraient, d'après de nombreux témoignages, d'une certaine opacité concernant leur communication au grand public.

Le cas d'Oussama en est l'illustration parfaite.

En 2025, Oussama Elasri, alors chercheur PhD à l'université Cadi Ayyad en sciences de gestion, a découvert une opportunité de bourse (Erasmus+) seulement au lendemain de sa clôture.

Déçu et pris d'un sentiment de culpabilité, Oussama avait alors commencé à tenir un tableur de tous les appels à candidatures qu’il parvenait à recenser, avant de les partager avec ses collègues de laboratoire, qui à leur tour les ont partagés autour d'eux. C'est ainsi qu'est née l'idée de créer PhiDoc.

"Ce que produisent les chercheurs marocains n’est pas le problème. C’est l’infrastructure autour de ce travail qui l’est ", déclare Oussama Elasri, fondateur de PhiDoc.

"Un chercheur à Marrakech et un chercheur à Lyon peuvent avoir exactement la même idée ; un seul des deux entendra parler à temps de l’appel qui la financera. Cet écart n’a rien à voir avec le talent, et c’est le moins coûteux à combler" ajoute-t-il.

Afin de donner aux talents et aux talents seuls leur chance, la plateforme rassemble en un seul espace ce qu’un doctorant suit aujourd’hui à la main.

Les chercheurs y cartographient leur thèse par phases et par jalons, reçoivent des appels à financement et à communication filtrés selon leur discipline et leur stade de carrière. Ils consultent un annuaire de chercheurs marocains, au Maroc comme à l’étranger, pour identifier des collaborateurs.

Comment ça fonctionne ?

Un assistant de recherche répond aux questions de méthodologie et de rédaction.

Ceux qui mènent des enquêtes quantitatives ou qualitatives peuvent recruter des participants au sein de la communauté selon un système de réciprocité, plutôt que de solliciter à froid sur des groupes de médias sociaux.

Il y a également un programme de mentorat qui vise le point faible le plus documenté du système.

En effet , les professeurs, notamment ceux issus de la diaspora marocaine, peuvent s’y inscrire comme mentors et être mis en relation, à la demande, avec des doctorants ; les séances sont ensuite suivies au sein de la plateforme.

Ce dispositif incarne une réponse africaine au défi de la fuite des cerveaux : inverser le flux en créant des opportunités de collaboration à distance et de transfert de savoir entre chercheurs du continent et de sa diaspora.

"Selon les Nations unies, les pays à revenu élevé concentrent 77 % de la dépense mondiale de recherche et développement, quand les pays à faible revenu en représentent 0,3 %.

« Le fossé est le même de Casablanca à Dakar, de Tunis à Dubaï : ce ne sont pas les chercheurs qui manquent, c’est ce qui les relie ", ajoute Oussama Elasri.

PhiDoc prévoit d’étendre sa plateforme au continent africain puis à la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) après une première année d’exploitation au sein du royaume chérifien.

La plateforme est bilingue français-anglais et accessible dès aujourd’hui sur phidoc.org.

L’inscription est ouverte aux doctorants, jeunes chercheurs et professeurs.

Des accès institutionnels sont proposés aux centres d’études doctorales, aux laboratoires ainsi qu’aux universités partenaires.