Le fardeau caché de l'Afrique : Quand un repas devient une condamnation à mort
AFRIQUE
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Le fardeau caché de l'Afrique : Quand un repas devient une condamnation à mortLes aliments non sûrs provoquent 866 millions de maladies et 1,5 million de décès chaque année, les enfants de moins de 5 ans étant les plus à risque.
Selon de nouvelles estimations de l'OMS, les aliments insalubres provoquent le chiffre effarant de 866 millions de maladies. / FAO

Par Pauline Odhiambo

Le soleil venait à peine de se lever sur la périphérie de Lagos, au Nigeria, lorsque Grace tenait contre elle sa fille de deux ans, Favour. Pour la troisième nuit consécutive, l'enfant avait été agitée, son petit corps secoué par la fièvre et des diarrhées.

La clinique locale était à deux heures de marche, un trajet que Grace savait devoir entreprendre. Elle regardait Favour lutter pour garder même une gorgée d'eau, les yeux vitreux et lointains.

Le coupable, expliquera plus tard l'infirmière de la clinique, était vraisemblablement un aliment contaminé — peut‑être le porridge de maïs qui constitue une base de leur alimentation, conservé dans des conditions favorisant la prolifération de bactéries nocives.

Pour Grace, ce n'est pas une statistique ; c'est un combat pour la vie de sa fille. Elle fait partie des millions de parents pris dans les tirs croisés invisibles de la nourriture dangereuse et des aliments empoisonnés.

Selon de nouvelles estimations publiées par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), la consommation d'aliments non sûrs entraîne chaque année 866 millions de maladies et 1,5 million de décès.

Si cette crise est mondiale, elle pèse surtout sur les plus vulnérables : les enfants de moins de cinq ans. Bien qu'ils ne représentent que 9 % de la population mondiale, les jeunes enfants subissent près d'un tiers du fardeau mondial des maladies d'origine alimentaire.

Ce n'est pas seulement un problème de santé ; c'est une crise d'équité, dont l'impact le plus fort se fait sentir dans les pays à revenu faible et intermédiaire, en particulier en Afrique et en Asie du Sud‑Est.

Au Nigeria, les chiffres relèvent de l'urgence nationale. Le ministre d'État à la Santé, le Dr Iziaq Adekunle Salako, a récemment révélé que le pays enregistre près de 50 millions de maladies d'origine alimentaire et plus de 53 000 décès chaque année.

Le coût humain est dévastateur, mais l'avenir est aussi volé. Ces maladies et ces décès entraînent une perte stupéfiante de 4,26 millions d'années de vie en bonne santé, les enfants de moins de cinq ans représentant plus de 80 % de ce fardeau.

Pour des familles comme celle de Grace, la menace n'est pas seulement biologique.

Les risques biologiques

L'OMS estime que, si les dangers biologiques tels que les bactéries et les virus sont responsables de la plupart des maladies, une part disproportionnée des décès — 73 % en 2021 — est attribuée aux dangers chimiques.

L'arsenic inorganique (42 %) et le plomb (31 %) sont les principaux responsables, associés aux maladies cardiaques, aux cancers et, plus tragiquement, à des dommages neurologiques irréversibles chez les enfants. Une fois que ces métaux pénètrent la chaîne alimentaire — souvent à la suite d'une contamination environnementale —, ils sont presque impossibles à éliminer.

« C'est une peur constante pour nous », explique Eunice, mère de trois enfants dans l'ouest du Kenya, où l'agriculture à petite échelle est un mode de vie.

« Nous voyons les avertissements, mais nous ne savons pas où se trouve le poison. Nous avons peur d'acheter certains grains ou légumes au marché parce qu'on dit qu'ils contiennent des produits chimiques qui peuvent rendre un enfant malade et affecter son cerveau. Mais il faut manger. Nous n'avons pas le choix. »

Eunice, qui a vu plusieurs enfants de son village souffrir de retards de développement inexpliqués, parle d'une peur devenue réalité quotidienne pour beaucoup dans la région. La menace invisible de contaminants comme le méthylmercure, qui peut nuire au cerveau en développement, plane sur chaque repas.

Solution « One Health »

La nouvelle analyse de l'OMS, couvrant 42 dangers alimentaires dans 194 pays entre 2000 et 2021, constitue une feuille de route pour l'action. Elle montre que le fardeau mondial a diminué depuis 2000, prouvant que des progrès sont possibles. Toutefois, d'importantes inégalités régionales persistent : les régions africaines et d'Asie du Sud‑Est représentent près des trois quarts de toutes les maladies d'origine alimentaire et 60 % des décès mondiaux.

La solution réside dans une approche « One Health » — intégrant la santé humaine, animale, végétale et environnementale — pour lutter contre la contamination à la source. Cela nécessite des investissements urgents dans l'eau, l'assainissement, l'hygiène, des pratiques de sécurité alimentaire comme la pasteurisation, ainsi qu'un meilleur accès aux soins pour les populations vulnérables.

Pour Grace, dont la fille Favour est en voie de rétablissement mais reste faible, le message est clair.

« Nous avons besoin d'aide », dit‑elle, la voix ferme malgré l'épuisement. « Nous avons besoin d'eau potable. Nous devons savoir comment conserver nos aliments en sécurité. Nous ne pouvons pas faire ça seuls. La vie de nos enfants en dépend. »

Ses derniers mots constituent un puissant témoignage du coût humain derrière les chiffres : « Chaque jour, quelque part, une mère regarde son enfant souffrir d'un problème que nous pourrions prévenir. Il ne s'agit pas seulement de nourriture. Il s'agit de notre avenir. »

Cette scène de désespoir se répète des millions de fois chaque année à travers le continent africain.

SOURCE DE L'INFORMATION:TRT Afrika