Les lettres qui manquent dans ma langue et n'y sont pas prononcées

Dans la langue wolof du Sénégal, les lettres V et Z n'existent pas et ne se prononcent pas. Dans la phonétique de la langue poular, le V est également absent.

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Phonétiquement, chaque langue possède des sons uniques qui accentuent ce que le locuteur essaie de transmettre. / 123

Dans la langue wolof du Sénégal, les lettres et Z n'existent pas et ne se prononcent pas. Dans la phonétique de la langue poular, le V est également absent.

Il est aussi difficile pour un arabophone de prononcer le son (p), car cette lettre est absente de son alphabet. Ce phénomène a pour fondement les différences phonétiques.

Par Firmain Eric Mbadinga

Jean-Christophe Mbang est Bassa du Cameroun. Dans sa langue, le son (e) correspond à (é). Dans ses va-et-vient entre le français et le bassa, il est courant d'entendre Jean-Christophe dire (lé) à la place de (le) comme déterminant d'un mot.

Cet enchevêtrement conduit à un type de lapsus qui pourrait donner une fausse information sur la maîtrise qu'a Jean-Christophe de ces deux langues.

Maryam, une Algérienne, a quant à elle du mal à prononcer des prénoms comme Pierre ou Patrick, lorsqu'elle parle arabe, car dans la phonétique de ladite langue, il n'y a pas de son (p), et la lettre n'existe pas non plus.

Par syllogisme, pas de son, pas de lettre. 

Une réalité qui démontre toute la complexité qu'il y a à être capable de parler correctement plusieurs langues, surtout quand elles sont d'origines différentes.

Ce phénomène qui peut sembler étrange est lié au répertoire de sons acquis dans une langue depuis la naissance.

« Ce qui se passe phonétiquement, c'est que chaque langue a des sons qu'elle va utiliser pour s'exprimer. Chaque langue a ses sons propres à elle », confie le linguiste gabonais Régis Ollo Nguema à TRT Afrika.

Le spécialiste des langues étaye son propos en indiquant, entre autres termes, qu'une langue construit à partir de son répertoire de sons : une base articulatoire, chez ses locuteurs naturels.

En parlant dans sa langue maternelle, si Moustapha, qui vit à Thiès au Sénégal, prononce le son Wetir quand il parle d'une voiture, il ne commet pas de faute.

En empruntant le mot voiture du français, la langue wolof le transforme dans sa prononciation et son écriture en Wetir, et civilisé devient Silwissé. Lavabo lui devient Lawabo. Car cette langue n'a pas le son (vé) et le son (cé), encore moins les lettres que ces sons représentent.

En fonction de leur base articulatoire, les lettres qui n'existent pas dans certaines phonétiques ne sont ni prononcées ni écrites. Ces mots peuvent faire l'objet de substitutions à la fois orthographiques et sonores. On pourrait alors parler d'équivalence.

Dans la langue turque dont l'alphabet comporte 29 éléments, les lettres W,X, Q n'existent pas. Leurs sons n'existent pas non plus.

Pour évoquer un personnage comme Malcolm X. Un Turc qui n'aurait pas notion de français, d'anglais ou encore du personnage lui-même pourrait ne pas prononcer cet X.

À l'inverse, un autre qui parle d'autres langues ou qui connaît le personnage adaptera ses habitus articulatoires de la première langue d'acquisition pour le prononcer correctement. 

Cette difficulté se vérifie aussi bien dans le sport : les animateurs non africains semblent avoir du mal avec certains noms du continent noir en raison de leur base articulatoire.


« En comparaison avec des Français ou d'autres peuples, moi, je peux prononcer le nom Mbappé de la façon la plus correcte du point de vue africain. Je peux dire Mbaye, ou encore  Ndutumu. Alors qu'un Français lui dira M'bappé, M'Mbaye ou N'dutumu. Cela tient du fait qu'ils n'ont pas appris à prononcer ce qu'on appelle une pré-nasalisée, c'est-à-dire un son nasal qui vient avant un son oral. Quand ils disent « tombe », ils prononcent bien « mb » mais ils ne peuvent pas prononcer le même « mb » en position initiale.

Il est certes vrai que des études poussées permettent d'étudier et de maîtriser certaines langues, mais les experts s'accordent à dire qu'il y a toutefois des sons qui ne peuvent être intégrés dans son répertoire articulatoire ou que d'autres seront toujours prononcés avec un certain accent renvoyant à son origine.

« Moi en tant que Gabonais, je ne peux pas, par exemple, maîtriser la gamme de clics qu'on retrouve dans les langues d'Afrique du Sud, les clics. J'ai ma base articulatoire qui se fonde sur deux langues, le fang et le français. Je peux prononcer plus ou moins correctement les sons du français, je prononce beaucoup plus correctement les sons du fang. »

À ce jour, on estime à 7000 le nombre de langues internationales et non internationales répertoriées à travers le monde, une quantité qui pourrait sans nul doute rendre modeste même les plus grands esprits au monde, à l'instar du Libanais Ziad Youssef Fazah, considéré comme le plus grand hyperpolyglotte avec ses 58 langues parlées.

Dans des cas spécifiques, la base articulatoire d'un individu reste l'élément décisif pour la prononciation ou non de certains sons, considérant après étude qu'une prononciation “correcte” d'un son peut être relative.