Comment la monnaie de la Zambie réécrit les règles de la souveraineté économique
Contrairement aux habitudes, le kwacha zambien ne s’est pas affaibli en fin d’année. Il s’est plutôt renforcé. Cette résilience vient d’une transformation basée sur 3 axes : production compétitive, exportations stratégiques et rigueur financière.
Par Kennedy Chileshe
Pendant des décennies, le calendrier économique en Zambie, et plus largement dans une grande partie du monde en développement, a suivi un scénario tristement prévisible.
La période des fêtes, moment de célébration, était assombrie par un rituel de vulnérabilité économique.
À mesure que la demande de biens importés et de devises étrangères augmentait, le kwacha zambien s’affaiblissait inévitablement, érodant le pouvoir d’achat et jetant une ombre sur les fêtes.
C’était une taxe saisonnière d’instabilité payée par chaque citoyen.
Pourtant, pendant la dernière période des fêtes, quelque chose de remarquable s’est produit.
Le kwacha non seulement a tenu bon, mais s’est renforcé, rompant de façon historique avec un modèle que beaucoup considéraient comme une loi immuable.
Il ne s’agit pas d’un coup de chance éphémère mais des premiers fruits de changements structurels délibérés, d’une révolution silencieuse qui réécrit les règles de ce qu’une économie africaine riche en ressources peut accomplir.
Le fondement de cette transformation repose sur une confluence de politiques stratégiques, de validations externes et d’une profonde réinvention des capacités domestiques.
La bonne performance du cuivre, pilier traditionnel des exportations zambiennes, tout au long de 2025 a fourni un fusible essentiel, augmentant les réserves de change.
Toutefois, attribuer la nouvelle résilience du kwacha uniquement à la conjoncture des matières premières reviendrait à manquer l’histoire plus profonde.
Le véritable tournant est survenu en décembre 2025, avec la directive de la Banque de Zambie exigeant que toutes les transactions domestiques soient réglées en kwacha.
Ce fut un coup de maître de clarté politique.
Il a immédiatement freiné la dollarisation intérieure qui sapait depuis longtemps la souveraineté monétaire, déclenchant une vague de conversions de dollars en kwacha.
Le résultat a été tangible : la monnaie est montée à son niveau le plus fort depuis plus de deux ans.
Cette mesure a confirmé un puissant axiome : une politique claire, décisive et centrée sur le pays peut servir d’ancre plus efficace pour la monnaie nationale que la simple dépendance aux aléas des marchés mondiaux.
Cette détermination intérieure a été fortement renforcée par un regain de confiance internationale. L’engagement continu du Fonds monétaire international via la Facilité élargie de crédit a fourni un cadre pour la discipline budgétaire.
De manière cruciale, en novembre 2025, les relèvements de la notation souveraine par des agences comme Fitch et S&P n’étaient pas de simples ajustements techniques ; ils constituaient des confirmations mondiales que le chemin difficile de la Zambie à travers la restructuration de la dette et la réforme budgétaire portait des fruits crédibles.
Ce vote de confiance externe réduit le risque perçu et rend le pays plus attractif pour des capitaux patients et à long terme, dépassant les flux spéculatifs qui déstabilisent.
Pourtant, les chapitres les plus convaincants de cette transformation ne s’écrivent pas dans les bureaux des financiers internationaux, mais dans les champs et les usines de la Zambie elle-même.
Pendant des années, le secteur agricole était synonyme de vulnérabilité, d’une histoire de subsistance et d’importations saisonnières.
Ce récit a été définitivement renversé.
L’autorisation du Cabinet d’exporter plus de 500 000 tonnes de maïs excédentaire marque un changement de paradigme. L’agriculture n’est plus un goufre pour les réserves de devises mais une source croissante de celles-ci.
En tirant stratégiquement parti de la demande alimentaire régionale, la Zambie convertit son potentiel agro-écologique en une force économique tangible, diversifiant ainsi les fondements mêmes de ses recettes en devises.
Cela conduit à l’une des victoires économiques les moins rapportées de la Zambie moderne : la révolution silencieuse de la production d’engrais.
Historiquement, le pays dépensait environ 600 millions USD par an pour importer des engrais, un poids chronique et structurel sur les réserves de change qui mettait constamment la pression sur le kwacha.
Aujourd’hui, grâce à des investissements concertés et au soutien politique à la fabrication locale, la Zambie est devenue un exportateur net d’engrais vers la région.
C’est un triple succès d’une importance monumentale.
Premièrement, cela représente une économie directe de centaines de millions de dollars sur les sorties annuelles de devises.
Deuxièmement, cela a catalysé la création d’emplois et le développement industriel à l’intérieur du pays.
Troisièmement, et peut‑être plus important encore, cela a considérablement renforcé la sécurité alimentaire nationale et régionale en protégeant la chaîne de valeur agricole contre les chocs de prix mondiaux et les perturbations d’approvisionnement, comme ceux observés pendant le conflit en Ukraine.
Ce passage de la vulnérabilité à l’autonomie pour un intrant critique est la définition même d’une transformation économique structurelle.
Pendant toute cette période, la Banque de Zambie a assuré l’élément essentiel d’une gouvernance crédible : la cohérence.
En maintenant une politique monétaire disciplinée axée sur la gestion de l’inflation et en communiquant ses actions de manière transparente, la banque centrale a veillé à ce que des fondamentaux solides se traduisent par une stabilité durable, et non par des pics volatils.
Cette cohérence renforce la confiance publique, qui est la pierre angulaire de toute monnaie solide.
Ce que nous observons, donc, n’est pas seulement un taux de change solide. Nous assistons à une monnaie qui gagne sa force.
La résilience du kwacha pendant la période des fêtes est un puissant symbole d’une transformation nationale plus large.
Elle repose sur une trinité : une politique macroéconomique prudente, une diversification agressive des exportations et une substitution stratégique des importations qui frôle l’autosuffisance.
Cela montre que le chemin vers la souveraineté économique ne passe pas par l’isolement protectionniste, mais par une intégration intelligente : produire ce que l’on peut de manière compétitive, exporter stratégiquement et gérer ses finances avec rigueur.
Le défi maintenant est d’institutionnaliser cet élan.
Le chemin à parcourir exige d’approfondir ces acquis en favorisant davantage la valorisation dans le secteur du cuivre (aller au‑delà des exportations de matières premières), en incitant d’autres exportations non traditionnelles et en veillant à ce que la stabilité du kwacha se traduise par des coûts de financement plus faibles pour les petites et moyennes entreprises.
Les vents ont effectivement tourné.
L’expérience de la Zambie constitue une étude de cas convaincante pour le continent : qu’avec une politique visionnaire, une discipline budgétaire et une focalisation permanente sur le renforcement de la capacité productive domestique, le cycle de vulnérabilité peut être brisé.
Le kwacha indéfectible n’est pas seulement une statistique monétaire ; c’est une déclaration d’intention économique, et il s’envole.
L’auteur, Kennedy Chileshe, est directeur exécutif du Jubilee Leaders Network, une organisation de plaidoyer en matière de politiques et de leadership basée à Lusaka, en Zambie.
Clause de non‑responsabilité : les opinions exprimées par l’auteur ne reflètent pas nécessairement les points de vue, opinions et politiques éditoriales de TRT Afrika.