Par Kennedy Chileshe
Il y a une ironie cruelle qui se prépare à l'extrémité sud de notre continent. Les mêmes personnes qui jadis serraient des chants de liberté dans leurs poings, qui ont saigné pour le droit de franchir n'importe quelle porte, ont désormais fait volte‑face et claqué cette même porte au visage de leurs frères et sœurs africains.
Une fois de plus, l'Afrique du Sud brûle de fureur xénophobe. Une fois de plus, nos frères et sœurs du Malawi, du Zimbabwe, du Nigeria, de la Somalie, de l'Éthiopie, du Mozambique et d'autres pays africains sont traqués dans les rues de Johannesburg et de Pretoria.
Leurs boutiques sont pillées. Leurs corps sont incendiés. Leurs enfants courent dans les ruelles, non pas à la poursuite de rêves, mais pour fuir la mort.
Et le monde regarde. Encore une fois.
Mais voici ce que je veux que chaque Africain, du Caire au Cap, de Dakar à Dar es Salaam, comprenne : il ne s'agit pas de l'Afrique du Sud. Il s'agit de nous.
Nous avons deux choix. Nous pouvons croiser les bras, secouer la tête et dire : « Les Sud‑Africains ont encore agi ainsi, et ils n'apprendront jamais. »
Ce serait facile. Ce serait aussi paresseux. L'autre choix, le plus difficile, le plus courageux, le plus révolutionnaire, est de s'élever au‑dessus des frontières tracées par les colonisateurs. S'élever au‑dessus de la douleur. S'élever au‑dessus de la vengeance.
Nous devons montrer une unité si forte que quelques criminels égarés, munis de machettes et d'allumettes, ne puissent même pas nous ralentir.
Soyons clairs : les auteurs des violences xénophobes ne représentent pas les millions de Sud‑Africains décents, en difficulté, et solidaires qui ont partagé leur ultime miche de pain avec un voisin migrant.
L'ennemi n'est pas le peuple sud‑africain. L'ennemi, c'est la pauvreté, les inégalités, le mauvais leadership, le manque d'éducation, et le poison persistant d'un système diviser‑pour‑régner qui a appris aux Africains à se déchirer entre eux pendant que les vrais voleurs pillent le continent.
Mais nous ne pouvons pas continuer à envoyer des déclarations véhémentes pendant que nos frères sont enterrés sur des terres étrangères.
Alors, que faisons‑nous ?
Premièrement, nous commerçons entre nous, ou nous périssons. Le commerce intra‑africain représente à peine 15 % de nos échanges totaux. Comparez cela à l'Europe, qui atteint près de 70 %. Quelle honte. La Zone de libre‑échange continentale africaine (AfCFTA) n'est pas qu'un document de politique. C'est notre arme économique.
Achetons à Accra ce que nous achetions à Londres. Fabriquons à Lusaka et vendons à Nairobi. Construisons un système financier qui ne demande pas la permission à l'Occident chaque fois que nous voulons déplacer de l'argent au‑delà du Limpopo.
Deuxièmement, construisons nos nations afin que nos peuples restent chez eux et prospèrent. Pourquoi nos jeunes risquent‑ils la mort en traversant les frontières ? Parce que leurs propres gouvernements les ont abandonnés. Nous, dirigeants, dirigeants en devenir, citoyens, devons construire des écoles, des hôpitaux, des usines et des fermes qui fassent du départ un choix, et non une condamnation à mort.
Troisièmement, racontons une nouvelle histoire africaine. Les manchettes montreront toujours des pneus en feu et des foules en colère. Mais nous devons amplifier le héros discret : le propriétaire d'une épicerie spaza sud‑africaine qui a caché une mère zimbabwéenne dans son débarras.
Le médecin nigérian qui soigne gratuitement des patients malawites. Le commerçant ghanéen qui accorde du crédit à un nouvel arrivant burkinabé. Ce sont les vrais Africains.
À mes frères et sœurs sud‑africains qui souffrent du chômage et des inégalités : nous voyons votre douleur. Mais votre colère a la mauvaise adresse. Le problème n'est pas le commerçant somalien.
Le problème, c'est un système qui vous maintient tous deux dans la pauvreté. Tournez votre colère vers les demeures de Sandton qui ne paient jamais d'impôts équitables. Tournez‑la vers les maisons d'extraction minière qui prélèvent l'or et ne laissent derrière elles que des tombes.
Et à nous, le reste de l'Afrique : que ce soit la dernière fois que nous soyons choqués. Nous devons nous organiser. Nous devons investir les uns dans les autres. Nous devons construire des médias africains, des infrastructures logistiques africaines et une sécurité africaine pour nos populations à travers le continent. Si un frère tombe à Johannesburg, l'aide ne doit pas venir de New York. Elle doit venir de Lusaka, Nairobi et Kigali en quelques heures.
La vérité est brutale : personne ne viendra nous sauver. Ni l'ONU. Ni les anciens maîtres coloniaux. Nous seuls.
Alors dressons‑nous, non pas par vengeance, mais par vision. Commerçons, construisons, et aimons‑nous les uns les autres avec la férocité de ceux qui savent que quand l'Afrique saigne, aucune frontière n'est propre.
Et à ceux qui lèvent encore la main contre leurs frères africains : vous avez oublié qui vous êtes. Mais nous, nous ne l'avons pas oublié. Nous ne serons pas ralentis par votre ignorance.
Car l'Afrique que nous construisons n'a pas de place pour la xénophobie. Seulement pour l'unité. Seulement pour l'élévation.
Nous sommes Africains. Inaltérables. Non soumis. Inarrêtables.
L'auteur, Kennedy Chileshe, est un panafricaniste engagé en faveur de l'unité continentale, du commerce et du développement.
Clause de non‑responsabilité : Les points de vue exprimés par l'auteur ne reflètent pas nécessairement les opinions, points de vue et lignes éditoriales de TRT Afrika.




















