Le Ghana est-il le champion du panafricanisme ?
Le président John Dramani Mahama met en valeur le batakari (une tenue traditionnelle du nord du Ghana) / Reuters
Le Ghana est-il le champion du panafricanisme ?
Résolution de l'ONU sur la traite, accueil des diasporas africaines, visa gratuit pour tous les Africains… Accra multiplie les initiatives et semble à la pointe des idéaux panafricanistes défendus notamment par Kwame Nkrumah.
il y a 10 heures

Par Firmain Eric Mbadinga

S'il y a bien un pays qui fait entendre la voix et les aspirations du continent africain dans toute sa noblesse ces derniers mois, c'est bien le Ghana.

Le dernier fait d'arme qui suscite encore à ce jour fierté et reconnaissance de tout un continent, mais surtout des défenseurs des droits humains, c'est la résolution que ce pays a fait adopter le 25 mars par l’Assemblée générale des Nations unies qualifiant la traite transatlantique des Africains de “crime le plus grave contre l’humanité”.

Le plaidoyer lu par le président ghanéen John Dramani Mahama en septembre 2025 à l'Assemblée générale des Nations unies a eu un écho favorable auprès des pays de l’Union africaine, des Caraïbes et plus encore.

À côté de cet acte mémoriel si l'on considère uniquement le fait dans le temps, le Ghana s'est aussi engagé depuis des décennies maintenant à faire de ses 16 régions des terres sur lesquelles tout afro-descendant peut, s'il le souhaite, s'installer, investir et vivre.

En effet, à travers sa politique sociale et culturelle baptisée « Beyond the Return », le Ghana permet aux afro-descendants d'obtenir la nationalité. Depuis 2024, près de 700 d'entre eux, dont des artistes célèbres, ont accepté cette main tendue.

En plus de ces deux éléments qui font partie des plus médiatisés, le Ghana est depuis des années une terre d'accueil pour de nombreux étudiants originaires de pays d'Afrique francophone qui ont souvent eu à cœur de parfaire leur anglais.

“J'ai choisi le Ghana parce que j'en ai fréquemment entendu parler en bien. Le pays est sûr en matière de sécurité, il n'y a pas de discrimination négative et leur anglais est excellent. Aussi, l'un des points les plus importants, le coût de la vie est accessible”, confie Rebecca Maria Mbourou Mombo, une Gabonaise, qui a étudié dans le pays et exerce depuis comme psychologue clinicienne.

Et tenez-vous bien, pour tous ceux qui, comme Rebecca, seraient tentés de se rendre au Ghana pour un court, moyen ou long séjour, le pays compte supprimer l'obligation de visa d'entrée pour tous les pays africains à partir de mai 2026.

De l'avis de certains analystes politiques, cette série de décisions et d'actions des autorités ghanéennes est le fruit d'une philosophie, d'une mentalité impulsée de leur vivant par des personnalités africaines telles que Kwame Nkrumah, le père de l'indépendance du Ghana, premier président du pays et figure de proue du panafricanisme.

Romaric Lucien Badoussi, docteur en science politique et relations internationales, enseignant-chercheur à l'université de Parakou au Bénin, estime que le Ghana est un exemple à saluer et à imiter afin de dynamiser l'Afrique dans tous les secteurs.

“Ce qu'on observe quand même, c'est qu'au niveau du Ghana, il y a une espèce de continuité dans la prise de conscience de la nécessité du panafricanisme. Parce que vous voyez aujourd'hui le Ghana encore à l'avant-garde de cette action qui a conduit récemment à la reconnaissance de la traite transatlantique comme le plus grave crime contre l'humanité.”

“C'est vrai, le Ghana, dans cette initiative, a été soutenu par d'autres États, mais c'est quand même le Ghana qui a porté l'initiative. Et ça, il faut le reconnaître. Mais précisons tout de même qu'avant cette résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, en France, sous l'impulsion de l'ancienne députée et de l'ancienne ministre Christiane Taubira, il y a déjà eu le vote d'une loi qui reconnaissait la traite transatlantique comme un crime contre l'humanité. La particularité avec le vote de la résolution de l'ONU, l'Assemblée générale de l'ONU, c'est que cette fois-ci, on précise qu'il s'agit du crime le plus grave commis contre l'humanité”, explique-t-il à TRT Afrika.

Au sujet de l'octroi de nationalité aux Afro-descendants, une dynamique qui s'étend au niveau d'autres pays africains tels que le Bénin, le Gabon, le Nigeria et autres, beaucoup saluent une initiative qui doit se poursuivre au-delà des symboles.

“J'estime que l'idéal du panafricanisme, c'est tout simplement l'unité, l'entraide, la solidarité entre les peuples noirs des deux rives de l'Atlantique et d'autres régions du monde. Et donc il faut déjà que les États insistent sur cela et que dans nos systèmes éducatifs, cela soit enseigné aux élèves, aux enfants afin qu'ils grandissent avec cette idée, cette nécessité, cette idée de la nécessité et de la solidarité entre les Noirs. Il faut restituer le panafricanisme dans son contexte historique d'émergence.”

“Il faut repréciser ses objectifs et surtout enseigner aux jeunes et aux enfants que le panafricanisme, c'est tout simplement le resserrement des liens entre les Noirs et l'amour pour la race noire et pour le continent noir, que ce n'est pas forcément la haine, le rejet de l'autre, parce qu'aujourd'hui il y a sur le continent, un foisonnement des panafricanismes”, ajoute Romaric Lucien Badoussi.

“Les positions et autres initiatives prises par des pays tels que le Ghana posent sans aucun doute la question de la responsabilité et de la conscience culturelle et identitaire de tout un peuple. Elles posent sur la table les besoins et les actions d'une affirmation et d'une volonté d'imposer considération et respect à l'endroit d'un continent et de son peuple qui veut être traité avec respect et égards.

Cet exemple peut sembler simple, mais reste tout autant pertinent : le port du “fugu” ou “batakari” (une des tenues traditionnelles du nord du Ghana) par le président ghanéen lors de récentes visites officielles à l’étranger.

Ce choix vestimentaire de John Dramani Mahama en dit long sur cette volonté de certains leaders africains de redorer l'image et les valeurs de l'Afrique.