Mayotte : le calvaire des demandeurs d'asile africains
AFRIQUE
4 min de lecture
Mayotte : le calvaire des demandeurs d'asile africainsÀ Mayotte, plus de 800 demandeurs d’asile provenant de la région des Grands Lacs vivent dans un camp de fortune à Tsoundzou 2 à Mamoudzou . La vie y est extrêmement précaire pour ces personnes venues chercher la protection en France.
Le camp informel à Tsoundzou 2 dans la commune de Mamoudzou à Mayotte / AFP
7 février 2026

Par Marine Gachet

Journaliste basée à Mayotte

Près de la rivière Kwalé, séparant les villages de Tsoundzou 1 et 2 à Mayotte, Prince Iranzi vient de construire sa nouvelle maison: une case de bambous recouverte par des bâches. Comme plus de 800 demandeurs d’asile, il s’est installé dans un camp informel dans la commune de Mamoudzou. Faute de places, il a dû planter les fondations de sa tente directement dans la mangrove. “Je ne m’attendais pas à vivre dans un camp et dans ces conditions”, explique celui qui est arrivé à Mayotte il y a deux semaines, pour fuir les conflits au Sud-Kivu, dans la République Démocratique du Congo (RDC). Dans sa case à même le sol boueux, le lit est construit en hauteur pour éviter de se réveiller dans l’eau quand la pluie tropicale s’abat sur l’archipel. “Au pays je menais une vie normale, j’avais ma maison. C’est à cause de la guerre que nous avons été forcés de quitter le pays”, poursuit celui qui est d’abord passé par la Tanzanie.

Kennedy Kighana, également originaire de la RDC, est arrivé à Mayotte en septembre et s’était installé dans un précédent camp, à l’autre bout du village. “On avait l’eau, des sanitaires, c’était plus organisé qu’ici”, décrit-il. Le 22 octobre, ce camp a été démantelé. Si 400 personnes ont été relogées temporairement dans des logements en dur, plus de 800 autres se sont retrouvées sans toit, faute de solutions de relogement suffisantes, un problème qui s’est aggravé depuis le cyclone Chido. Elles se sont alors installées sur ce nouveau site, à proximité du centre d’hébergement de l’association Coallia. Là, le camp y est moins organisé, avec un accès à des cuves d’eau et à cinq sanitaires pour l’ensemble des habitants limité de 6h à 21h.

Une entraide communautaire

Il y a deux ans, Alain Tshipanga habitait dans un campement similaire, au stade de Cavani à Mamoudzou. Depuis, il a obtenu le statut de réfugié, un emploi, et est devenu le président de l’association Communauté congolaise de Mayotte - Club Okapi. Il retourne régulièrement dans les camps de demandeurs d’asile pour mener des actions d’insertion par la préservation de l’environnement. “On a fait plusieurs ramassages de déchets avec les habitants. L’idée, c’est de laisser l’endroit aussi propre que quand il a été trouvé”, explique-t-il, rappelant que l’objectif principal de son association est le vivre ensemble et “l’intégration républicaine” de l’ensemble de ces communautés. 

Chaque samedi, il se rend au camp pour donner du matériel ou alors aider les habitants dans leurs démarches administratives. La semaine dernière, il est venu apporter gants, râteaux, masques et sacs poubelles pour que les résidents du camp puissent nettoyer leurs allées. “C’est important de faire ça aussi pour éviter les maladies”, explique-t-il à Kennedy Khigana.

RELATEDTRT Afrika - Iles Eparses, colonisation, contrats: Emmanuel Macron à Madagascar

Son association n’est pas la seule à intervenir au sein du camp. Ce jour-là, il est accompagné par Coralie Huard, responsable de la mission Mayotte pour l’ONG Acted, qui a fait don du matériel à l’organisme d’Alain Tshipanga et participe régulièrement aux opérations de nettoyage qu’il organise. “On travaille avec les associations locales et les leaders communautaires pour comprendre les besoins”, souligne celle dont l’association a par exemple distribué des kits d’hygiène dans le camp.

Elle rappelle qu’il y a beaucoup à faire: “le premier besoin est alimentaire. […] Malheureusement cette année il n’y a plus de dons, donc il n’y a plus de distribution alimentaire.”  Kennedy Kighana confirme que les habitants n’ont pas d’autre choix que de rationner leur nourriture. Le référent de la Ligue des Droits de l’Homme à Mayotte parle de “dénuement absolu” de ces habitants, avant d’affirmer que “la France a un devoir de protection envers ces populations”.

Une source de tensions

Safina Soula, présidente du Collectif des citoyens de Mayotte 2018, était une des leaders du mouvement. Pour l’activiste et son collectif, auteurs depuis 2023 de plusieurs blocages du service de l’immigration de la préfecture, Mayotte n’a pas les infrastructures nécessaires pour accueillir ces populations, qui s’ajoutent à celle venue des Comores voisines. “Mayotte ne peut pas être une terre d’asile. Il faut savoir accueillir, ça ne sert à rien d’accueillir dans la misère”, maintient celle qui demande à ce qu’ils soient renvoyés dans leur pays d’origine.

De leurs côtés, les demandeurs d’asile de Tsoundzou 2 gardent l’espoir d’une vie meilleure, malgré une situation actuelle de grande précarité. “C’est juste la paix que je cherche”, souffle Prince Iranzi.

SOURCE DE L'INFORMATION:TRT Français
Plus de contenus
RDC: La frappe sur l'aéroport de Kisangani peut constituer un 'acte de terrorisme', avertit l'UA
La Somalie et la Türkiye signent un accord de coopération maritime
Nguesso : "Je vais faire acte de candidature" à l'élection présidentielle
La Zambie et le Ghana, les derniers pays africains à supprimer les visas pour leurs citoyens
Le président du Nigeria ordonne le déploiement de l'armée après le massacre de 162 personnes
Bras de fer Niger-Orano : Niamey met en place un "comité d’experts" pour préparer ses plaintes
Morsures de serpent au Nigeria: Pourquoi la mort de la chanteuse Nwangene est un appel à l'action
Nigeria : l’armée américaine confirme le déploiement d’une "petite équipe"
Ce que l'on sait de la mort de Seif al-Islam Kadhafi, l’un des fils de Mouammar Kadhafi
Tunisie : peine alourdie à 20 ans pour Rached Ghannouchi dans l'affaire "complot 2"
Inondations au Maroc: la moitié des habitants de Ksar El Kébir évacués
Guinée : Le magistrat ayant conduit le procès de Dadis Camara devient ministre de la Justice
Des hommes armés tuent trois soldats libyens dans une attaque près de la frontière avec le Niger
Comment le Congo s'attaque t-il à la cécité des rivières, maladie tropicale négligée ?
Algérie: Tebboune inaugure la plus longue ligne ferroviaire minière du pays
Les forces armées nigérianes ont tué Abu Khalid, un haut commandant de Boko Haram
La Türkiye exprime ses condoléances suite à l'effroyable glissement de terrain en RD Congo
Guinée-Bissau : le chef de file de l'opposition est libre
Inondations au Mozambique : l'ONU sollicite 30 millions de dollars pour aider les victimes
Côte d’Ivoire : l’ambassadeur du Niger convoqué après les propos du général Tiani