De Dakar à Cotonou, de Cotonou à Libreville en passant par Niamey et d'autres grandes capitales africaines, il est fréquent de trouver sur le marché des médicaments contrefaits. / Photo: AFP

Par Jean-Rovys Dabany

Fin 2022, Libreville annonçait avoir saisi près de 350 tonnes de faux médicaments, représentant une perte financière de plusieurs milliards de FCFA pour l’industrie pharmaceutique nationale, avait déclaré l’Agence du médicament.

De plus en plus, des médicaments dangereux font leur réapparition sur les marchés de Libreville malgré l’adoption de mesures par le gouvernement pour lutter contre les ventes non réglementées. Très lucratif et sans grand risque pénal, ce business attirerait de nombreux réseaux mafieux qui échappent souvent au contrôle de l’État.

La vente de médicaments dans la rue est un phénomène bien connu sur le continent. L'absence de contrôle réglementaire est l'une des raisons qui ont contribué à ce business si attrayant pour les criminels qui se livrent au trafic et à la fabrication de faux médicaments.

Si le phénomène est mondial, 42 % des signalements proviennent d’Afrique subsaharienne, 21 % des Amériques et 21 % de la région européenne, d’après Poleny Ndong Beka, médecin gabonais et auteur d’une étude sur les faux médicaments publiée en mars 2022.

''L’Afrique subsaharienne est la région qui concentre toutes les vulnérabilités favorisant les médicaments de qualité inférieure ou falsifiés : la faiblesse de la gouvernance des systèmes de santé, une offre de soins et un maillage des pharmacies sur le territoire insuffisants, l’existence d’un marché parallèle quasiment toléré et la pauvreté des populations '', analyse le docteur Ndong Bekalé.

 Dolirhume, Humex, ou encore Rhinadvil ont été déconseillés en France par l'Agence nationale de sécurité du médicament qui explique que ces produits représentent des risques importants de développement de maladies cardiovasculaires 

Le trafic est d’autant plus dangereux qu’il cible en Afrique plus particulièrement des médicaments vitaux. Au Gabon, les autorités viennent d’emboîter le pas à la France en appelant les populations à la prudence et à la vigilance concernant l’usage de certains produits.

Il s’agit entre autres de Dolirhume, Humex, Rhinadvil... des médicaments qui provoqueraient de graves effets secondaires, d’après l'Agence du médicament, le gendarme du médicament au Gabon.

Ces médicaments qui se trouvent derrière les comptoirs des pharmacies sont en vente libre, sans ordonnance. En cas de rhume, ils décongestionnent le nez en faisant dégonfler la muqueuse et réduisent par ailleurs, la taille des vaisseaux sanguins. Très dangereux, juge l’Agence du médicament.

''Tous les produits contenant de la pseudo-éphédrine sont placés sous vigilance renforcée. L'utilisation de ces médicaments dans la prise en charge des syndromes grippaux reste en seconde intention '', a averti mercredi le Dr Ange Mibindzou Mouelet, Directeur de l’Agence du médicament lors d’une conférence de presse.

Un danger pour la santé

Sur le marché de Mont-Bouët, le plus grand de la capitale Libreville, Brigitte Matsanga affirme qu’elle n’a pas d’autres choix que d’opter pour les médicaments vendus au marché noir. '' Compte tenu du prix élevé des produits vendus en pharmacie, nous préférons les acheter sur le marché informel '', explique la jeune femme à TRT Afrika.

Assis près de son étal sur lequel il expose des vêtements de secondes mains, Tony est plutôt vendeur de médicaments contrefaits, plutôt des vêtements. Ce commerçant nigérian explique que s’il continue à proposer ces médicaments, c'est parce qu’ils coûtent plus chers en pharmacie pour un grand nombre de Gabonais.

'' Je ne peux pas arrêter complètement mon business. C’est comme ça que je nourris ma famille '', explique Tony et confie ne pas être inquiet d’éventuels contrôles des autorités.

Tout un réseau

S’il n’est pas aisé de connaître la quantité globale de produits médicaux qui font l’objet de trafic dans le pays, l’Ordre des pharmaciens estiment toutefois qu’entre 19% et 30% des médicaments qui circulent au Gabon sont falsifiés. Aucun médicament n’est à l’abri : des plus innovants aux plus anciens, des médicaments de marques aux génériques.

'' Ceux qui participent à la falsification de médicaments recherchent avant tout le profit. À partir du moment où la demande existe, il leur est indifférent que les médicaments soient de marque ou génériques, ou de savoir quelle entreprise produit la version d’origine '', note le Dr Mouélé Frédéric de l’Ordre des pharmaciens du Gabon.

Dr Nang, maître de conférences et médecin spécialiste au Centre Hospitalier de Libreville, dit avoir la chance que l’hôpital dispose d’un système d’approvisionnement en médicaments solide et qu’il n’ait pas de problèmes avec les faux médicaments, même s’il reçoit des patients qui se soignent avec des produits contrefaits.

'' Nous n’arrêtons pas de dire aux patients que leur santé n’a pas de prix. Qu’il faut éviter de s’approvisionner au marché noir '', a déclaré le Dr Nang à TRT Afrika.

TRT Afrika