Manifestations en Afrique et en Europe : une militante dénonce un "deux poids-deux mesures"

Manifestations en Afrique et en Europe : une militante dénonce un "deux poids-deux mesures"

En pointant un héritage colonial dans le traitement médiatique et la perception de l’opinion publique
L'activiste sud-africaine  Khahliso Myataza dénonce un deux poids deux mesures dans la couverture médiatiques des manifestations. / Photo: AFP

Une militante sud-africaine a dénoncé « le double standard » du soutien aux manifestations en fonction de leur lieu d’organisation et des parties qui organisent.

Khahliso Myataza, militante pour la justice sociale, s’exprimait dans une vidéo qui a fait le tour de la toile à travers le monde, suite aux récentes manifestations organisées en France, comme au Kenya et au Nigeria.

« Quand les Africains protestent, nous sommes barbares », mais « quand les Français et les Européens protestent, alors c'est comme : [Ouais, faisons comme les Français le font, ils le font bien ! ] », a-t-elle relevé, dénonçant ce qu’elle a considéré comme « un deux poids – deux mesures », s’agissant du soutien apporté aux manifestations en France par rapport à ceux en Afrique.

« Il y a eu des manifestations en Afrique du Sud le lundi où j'ai fait cette vidéo. Et puis dans d'autres parties du continent, il y a eu des manifestations à Nairobi au Kenya et à Lagos au Nigeria », a-t-elle rappelé.

Cependant, « partout dans le monde, les protestations contre le projet de loi sur la réforme des retraites du président français Emmanuel Macron ont été célébrées comme héroïques », a-t-elle constaté, précisant que « cette vague de protestations à travers la France a été comprise comme faisant partie d'une longue tradition de travailleurs français se levant pour défendre leurs droits ».

Toutefois, « les manifestations en Afrique attirent rarement une attention internationale comparable et passent parfois inaperçues », a-t-elle affirmé.

« La nécro-politique et le néocolonialisme nous tuent », a ainsi observé Khahliso Myataza, considérant qu’il y a urgence s’agissant de la perception des protestations et des luttes en Afrique.

« Quand nos voix ne sont pas entendues avec l'urgence que nous voulons, c'est décourageant », a-t-elle ainsi regretté.

Elle a rappelé, dans cet ordre d’idées, qu’une grève avait eu lieu en novembre 2022 en Afrique du Sud à l’initiative de syndicats qui représentaient quelque 800 mille travailleurs. Il y a eu aussi des milliers de manifestants qui sont descendus dans les rues du Kenya contre la cherté de la vie en mars 2023. Les Kenyans ont même défié une interdiction gouvernementale des rassemblements, Mais le traitement médiatique et la perception qui en découle, n’étaient pas les mêmes que ceux en France.

Elle explique que la façon dont « les Africains et les Noirs sont représentés et perçus dans le monde (…) est toujours influencée par les héritages coloniaux violents. »

« Les médias ont l'héritage de dépeindre les Africains comme des barbares, que ce soit à travers nos protestations, à travers la façon dont la pauvreté est encadrée dans nos pays... Et je pense que les gens doivent comprendre que cela vient comme un produit du colonialisme », a-t-elle ainsi analysé.

Selon elle, « c'est ainsi que le colonialisme a façonné les Africains. » Et les médias jouent un rôle important dans la construction de la perception de l’opinion publique.

Elle cite ainsi, l’exemple dont les manifestations baptisées « Black Lives Matter » au Etats-Unis ont été couvertes.

« Le vandalisme, les dommages matériels et les pillages ont fait l'objet d'une large couverture lors des manifestations de Black Lives Matter aux États-Unis au cours de l'été 2020 ».

Cependant, même en disant que 93% des manifestations étaient pacifiques, « les images négatives de violence et de pillage restent au centre de beaucoup d'entre elles – éclipsant les appels organisés pour mettre fin à la violence policière. »

Le même traitement n’a pas été réservé aux manifestations en France, où les Français ont été montrés comme étant « le visage de la résistance », bien que des violences et des dégradations de biens publics et privés ont été rapportées.

« Je ne rejette ni n'invalide la douleur que les Français ont, ou le vitriol qu'ils pourraient avoir à leur administration. Mais ce qu'ils font n'est pas plus, ou ce n'est pas plus spécial que ce qui se passe sur le continent africain », a conclu Khahliso Myataza.

AA