Après avoir dominé les dernières CAN, les entraîneurs africains voient leur influence reculer au profit de techniciens étrangers. Retour des « sorciers blancs », pression des fédérations, exigences du football moderne : que se passe-t-il sur les bancs africains ?
Une domination qui avait marqué les esprits
Le constat est spectaculaire : les quatre dernières CAN ont été remportées par des sélectionneurs africains. Djamel Belmadi avec l’Algérie en 2019, Aliou Cissé avec le Sénégal en 2022, Emerse Faé avec la Côte d’Ivoire en 2024 et, en 2026, Walid Regragui avec le Maroc sur tapis vert ou Pape Thiaw avec le Sénégal sur le terrain.
En 2022, Regragui avait surtout conduit le Maroc jusqu’en demi-finales du Mondial, une première pour une sélection africaine.
Cette montée en puissance avait atteint un sommet en 2019 : près de la moitié des 24 équipes engagées à la CAN en Égypte étaient dirigées par des entraîneurs africains.
Mais le vent semble tourner
Depuis, plusieurs fédérations ont de nouveau misé sur des techniciens étrangers.
En Côte d’Ivoire, Emerse Faé a été remplacé par le Français Hervé Renard. Au Sénégal, Pape Thiaw a cédé sa place à Patrick Vieira. En Guinée, Kaba Diawara a été remplacé par le Portugais Paulo Duarte. Au Congo-Brazzaville, le vétéran français Claude Le Roy a fait son retour.
Un mouvement qui rappelle l’époque où les entraîneurs européens dominaient largement les bancs africains.
Pourquoi ce retour des expatriés ?
Pour leurs détracteurs, les techniciens locaux souffriraient encore d'un manque d'expérience du très haut niveau, de lacunes tactiques ou de difficultés à gérer des vestiaires composés de joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens.
Le football moderne exige aussi davantage de préparation scientifique, d'analyse de données et de rigueur dans la gestion quotidienne.
Mais pour plusieurs observateurs, le problème ne vient pas uniquement des entraîneurs.
Une pression plus forte sur les locaux ?
Selon d'anciens sélectionneurs et observateurs interrogés par l'AFP, les fédérations africaines accorderaient davantage de temps et de garanties aux entraîneurs étrangers.
Kamou Malo, ancien sélectionneur du Burkina Faso, estime ainsi que les techniciens locaux restent soumis à une pression constante, même lorsqu'ils obtiennent de bons résultats.
L'ancien international ivoirien Basile Aka Kouamé souligne également une différence dans les conditions contractuelles. Pape Thiaw aurait notamment participé au Mondial-2026 avec le Sénégal sans disposer d'un contrat formel.
Les résultats ont aussi pesé
Les performances récentes de certaines sélections ont relancé le débat.
Le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont tous deux été éliminés en 16es de finale du Mondial-2026, un résultat jugé décevant dans leurs pays respectifs. Ces campagnes ont également mis en lumière des tensions entre sélectionneurs et fédérations.
En Côte d'Ivoire, le président de la fédération a notamment mis en avant l'expérience d'Hervé Renard pour justifier le changement de sélectionneur.
La fin des entraîneurs africains ?
Pas si vite.
Certaines fédérations continuent de faire confiance à leurs techniciens locaux. L'Algérie et l'Afrique du Sud ont récemment choisi des entraîneurs africains, tandis que le Nigeria est dirigé depuis janvier 2025 par le Malien Eric Chelle.
Le débat ne porte donc pas seulement sur « Africain ou étranger ». Il pose surtout une question de fond : les fédérations africaines donnent-elles aux entraîneurs locaux les mêmes moyens, le même temps et la même confiance qu'à leurs homologues étrangers ?
Après avoir prouvé qu'ils pouvaient gagner des CAN et écrire l'histoire au Mondial, les techniciens africains doivent désormais confirmer que leur succès pouvait s'inscrire dans la durée.




















