Par Alfonso Insuasty Rodríguez
Les attaques des États-Unis à Caracas le 3 janvier et la capture du président du Venezuela, Nicolás Maduro, et de son épouse, Cilia Flores, ne constituent pas un fait isolé ni une anomalie au sein du système international.
Au contraire, elles sont un signe clair du moment historique que traverse l'ordre mondial : l'effondrement de l'ordre international libéral et l'émergence d'une forme de domination plus explicite, directe et violente, que l'on peut caractériser comme une variante globale et corporative du fascisme.
L'opération visant à capturer et à extraire par la force le chef de l'État vénézuélien et son épouse, menée par l'usage de la force et sans aucune base juridique internationale, viole de manière flagrante la Charte des Nations unies, le principe de souveraineté de l'État et l'ensemble du cadre du droit international public.
Sans ambiguïté, il s'agit d'un acte d'enlèvement international et d'un acte de guerre. Aucun euphémisme juridique ni rhétorique diplomatique ne peut masquer cette réalité.
Le discours du président des États-Unis, Donald Trump, dans lequel il affirme sans réserve que les États-Unis « dirigera le Venezuela », marque un tournant discursif.
Les masques sont définitivement tombés. La démocratie, les droits de l'homme et la lutte contre la corruption ne sont plus invoqués comme justifications formelles.
La raison est explicite et brutale :
pétrole, ressources stratégiques et contrôle géopolitique. Tout le reste n'est que prétexte.
Cette déclaration représente non seulement une menace contre le Venezuela, mais aussi une déclaration de principes du nouvel ordre qui s'impose : la loi du plus fort, administrée par une élite ultra-riche et par des conglomérats énergétiques, financiers, technologiques et militaires qui semblent aujourd'hui contrôler l'État même du pays nord-américain.
Nous assistons à la configuration d'un féodalisme corporatif, dans lequel des territoires entiers sont conçus comme butin de guerre — et leurs habitants, comme des obstacles jetables — ou, au mieux, comme des zones de sacrifice.
Le Venezuela est un peuple, ce n'est pas une seule personne.
Washington a commis une grave erreur de calcul, d'ordre historique. Le Venezuela n'est pas un gouvernement soutenu par une figure individuelle.
Il s'agit d'un projet politique, social et institutionnel qui a résisté à plus de deux décennies d'assaut systématique : sanctions économiques criminelles, blocus financier, sabotage productif, opérations de guerre psychologique et stratégies permanentes de déstabilisation.
La capture de son président vise à démoraliser le pays, provoquer des fractures internes et forcer un effondrement politique. Pourtant, l'État vénézuélien conserve une cohésion politique, une articulation civilo-militaire et une base sociale communale organisée, forgée précisément dans des conditions extrêmes.
Il n'y aura pas de reddition immédiate de la souveraineté. Il est peu probable que le Venezuela négocie son existence en tant que nation ou accepte de se transformer en un enclave colonial.
Cela dit, reconnaître la gravité du moment n'invalide pas cette réalité. La guerre psychologique va s'intensifier, la guerre économique va persister et la pression internationale va augmenter.
Mais réduire ce conflit à une simple narration de « changement de régime » révèle une incompréhension profonde de l'histoire et de la portée sociale de la résistance vénézuélienne.
Ce qui se passe au Venezuela doit aussi être lu dans un contexte international plus large. Ces derniers mois, nous avons été témoins d'une prétendue tentative d'assassinat contre le président russe Vladimir Poutine et des bombardements d'Israël dans plusieurs pays du Moyen-Orient sans qu'ils n'aient subi de sanctions réelles. Parallèlement, nous avons vu une Europe paralysée et soumise, et des organisations multilatérales réduites à des déclarations creuses et à des réunions inefficaces.
Fascisme sans masque
Le message est évident : les règles ne s'appliquent plus lorsque les intérêts stratégiques d'une puissance en déclin sont en jeu. Le droit international se transforme en une fiction fonctionnelle, utile uniquement pour discipliner les plus faibles.
Ce scénario reflète une crise de civilisation, dans laquelle un capitalisme en recul répond à sa propre décomposition par davantage de violence, un pillage intensifié et une déshumanisation croissante de la politique mondiale.
Le fascisme du XXIe siècle n'a pas besoin d'uniformes ni de grandes narrations idéologiques. Il opère via des entreprises armées, des marchés militarisés et des États capturés, avec un mépris absolu pour la vie et le bien-être collectif. Il ne cherche pas la légitimité : il exige l'obéissance. Il n'offre pas d'avenir : seulement de l'extraction et du contrôle.
Dans ce contexte, ne pas prendre position équivaut à être complice. Les gouvernements qui gardent le silence, détournent le regard ou s'alignent par calcul, peur ou convenance acceptent en réalité la subordination, l'humiliation et, en fin de compte, la mort matérielle et symbolique de leurs propres peuples comme un coût acceptable.
Face à ce scénario, la seule réponse possible est l'unité des peuples et la décision ferme des gouvernements qui se disent encore libres.
Les déclarations génériques et les appels abstraits à la paix ne suffisent plus. Il est impératif de prendre une position historique, de défendre la souveraineté, de rejeter l'agression et de rompre avec la logique de domination impériale.
Le Venezuela est aujourd'hui une ligne de front, mais il n'est pas seul. Ce qui est en jeu n'est pas seulement le destin d'une nation, mais la possibilité même d'un monde dans lequel les peuples décident de leur propre avenir sans être administrés comme des marchandises.
L'élite a choisi la barbarie, mais les peuples doivent choisir la dignité. L'histoire n'absoudra pas ceux qui, ayant la possibilité de résister, choisissent le silence.
L’auteur Alfonso Insuasty Rodríguez est Professeur et chercheur universitaire. Il détient une Maîtrise en science, technologie, société et innovation (IMT) et est membre du réseau interuniversitaire pour la paix REDIPAZ y du groupe autonome Kavilando. Il est aussi Éditeur de la revue El Agora USB.









